Depuis 2016 avec l’élection de Donald Trump, on voit l’impact indéniable des réseaux de désinformation.

On a pu se consoler en disant que c’est normal que ça arrive aux Américains: les frais de leur système d’éducation supérieure la rende sûrement inaccessible à une majorité de gens. L’appât du gain pousse les plus puissants à profiter des plus vulnérables, ce qui engendre un climat de terreur. On peut se surprendre à penser: “certains sont tellement perdus qu’ils en viennent à croire n’importe quelles folies: la terre est plate, les vaccins causent l’autisme, et Donald Trump s’est fait voler l’élection de 2020”

Eh bien je commence à croire que les malheurs des Américains en général n’ont pas pour cause leur stupidité, mais plutôt la force des canaux de désinformation parasitique qui fourmillent sur le web.

Aujourd’hui, un article dans radio-canada.ca m’a profondément troublé. Il y a des gens chez nous, qui nous ressemblent, qui me ressemblent, qui construisent de la désinformation au grand jour afin de semer la peur. Il ne s’agit plus maintenant de gens comme Alex Jones ou Tucker Carlson, mais de gens locaux comme Gloriane Blais:

Le partage d’information trompeuse de Gloriane Blais

Suite à la lecture de The Doctor Who Fooled the World de Brian Deer, je commence à comprendre le potentiel économique venant d’une campagne de désinformation. Dans le cas de Andrew Wakefield (l’ex-docteur disgracié donc est question le livre de Deer), on a tenté de faire un lien entre un certain vaccin et l’autisme afin de vendre un vaccin alternatif “plus sécuritaire”. Or, cette campagne a eu un effet pervers: l’autisme fait encore aujourd’hui souvent partie de la discussion sur les vaccins, et ce pour les vaccins en général.

Voici donc un schéma style conspirationniste de ce que je crois que Gloriane Blais, avocate de profession, essaie d’accomplir:

Un schéma de la chronologie possible des évènements de la désinformation

Les followers de Gloriane Blais ont l’impression qu’elle est là pour les aider. Ils ne se doutent pas que, peut-être, elle essaie de recueillir leur histoire afin d’assembler un dossier qui lui permettra de faire un recours collectif frauduleux contre le gouvernement (qui donne gratuitement des vaccins à la population afin de nous sortir du précipice) dans le but de juste se faire un paquet d’argent, probablement parce que son présent salaire d’avocate ne la satisfait pas (pour une raison que j’ignore).

Si cela semble farfelu, sachez que c’était le but ultime d’Andrew Wakefield en faisant un lien entre le triple-vaccin MMR et l’autisme. L’histoire est peut-être en train de se répéter.

Dans le terrier du lapin

Cherchez “anti-vaccin”, “anti-vax”, etc. sur Facebook, et vous ne trouverez rien. Facebook a fait son travail et a bloqué tous les groupes de ce type sur sa plateforme, car ils sont effectivement nuisibles pour une majorité de gens.

Cependant, cherchez “Gloriane Blais”, et vous allez trouver une panoplie de groupes aux noms en apparence inoffensifs qui citent tous ses articles et abondent dans le même sens qu’elle. C’est comme ça que je suis tombé sur stu-dio.tv, un site Québécois de production vidéo qui n’a rien à envier à Breitbart.com (qui lui a fort probablement servi d’inspiration). Le site crée des vidéos depuis 2010, et augmente tranquillement mais sûrement l’amplitude de ses propos.

Des titres inspirants tels:

  • CLIMAT OU VACCIN? LEQUEL DE CES AGENDAS VOUS TUERA EN PREMIER?
  • POUVOIR AUX PARENTS - LES ENFANTS SONT LES PREMIÈRES VICTIMES DE LA VACCINATION
  • LES PATRIOTES D’AVANT N’AVAIENT PAS PEUR DE LA GRIPPE

À mon sens, le contenu de désinformation produit au Québec est maintenant autant désinvolte, sans scrupule, etc. que ce qu’on pouvait observer aux États-Unis en 2015.

Une pente glissante

Je n’ai rien contre la libre expression. C’est un droit fondamental dont tout le monde devrait pouvoir se prévoir. Cependant, j’ai du mal à croire qu’une avocate comme Gloriane Blais ou qu’un animateur comme André Pitre de Stu-Dio croient vraiment les faussetés qu’ils propagent. J’essaie de comprendre ce qui les motive à aliéner un segment de la population.

Quand on devient adepte de telles chaînes, il devient difficile d’en sortir. On se met à vivre dans un climat de peur où la vérité effraie plus que les mensonges. On se fait dire que la personne qu’on écoute et en qui on a confiance nous ment depuis des mois, des années, et ça donne probablement envie de n’écouter que celui ou celle qui nous donne notre dose quotidienne de désinformation.

Je me fous totalement du sort de Gloriane Blais, d’André Pitre, et des autres qui font comme eux. J’ai plutôt pitié de ceux qui les écoutent et qui souffrent pour rien, qui se font exploiter en voulant supporter leur source d’information, ceux qui, enfin, se mettent à dos à leur famille, leur amis, leur société, afin de pouvoir continuer à vivre dans un monde encore plus anxiogène que le nôtre et qui n’existe pas.