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(Lecture 137) Le Petit Prince

Auteur: Antoine de Saint Exupéry
Année de parution: 1943, 1999 (présente édition)
Éditeur: Gallimard Jeunesse
Lien vers mes notes manuscrites numérisées
J’avais cinq ans la première fois que j’ai entendu parler du Petit Prince. C’était lors d’une visite au planétarium de Montréal avec ma classe de maternelle.
Malheureusement, après maintes recherches, je n’ai pas réussi à retrouver de traces de ce spectacle sur internet. Si mes souvenirs sont exacts, on accompagnait le Petit Prince à travers les planètes de notre système solaire. À travers ses réactions, on arrivait mieux à comprendre les conditions de “vie” à chaque endroit. Par exemple, je me souviendrai toujours d’avoir été fasciné en apprenant que Jupiter était une immense boule de gaz, et que le Petit Prince ne pouvait s’empêcher de flotter dans les airs sans pouvoir poser ses pieds par terre.
Deux décennies plus tard, j’ai trouvé une belle copie du livre de Saint Exupéry dans une librairie de livres seconde main. Étant à la fois nostalgique et curieux, j’ai décidé de me plonger dans ce livre que je ne connaissais pas du tout.
J’ai aimé, mais sans plus. Cela n’avait pas capturé mon imaginaire comme la première fois. J’essayais de comprendre d’où venait l’engouement du monde pour ce petit livre mignon qui, à mon sens, ne semblait pas raconter grand chose. Avec le temps, j’ai accepté que certains auteurs sont plus chanceux que d’autres et que leur nom est célébré pour des raisons qui peuvent me dépasser. À l’époque, j’ai mis Antoine de Saint Exupéry dans cette catégorie.
Une autre décennie a passé. J’ai redécouvert la lecture comme source d’inspiration, de motivation, de calme. Sans cesse, ce nom revenait. Saint Exupéry… Saint Exupéry… Je sentais qu’il m’appelait du fond de mon enfance. Ce nom semblait constamment associé à des phrases simples et profondes, comme celle-ci que j’ai retrouvé dans le livre Site Reliability Engineering:
La perfection est atteinte, non pas lorsqu’il n’y a plus rien à ajouter, mais lorsqu’il n’y a plus rien à retirer.
— Antoine de Saint Exupéry
J’adore cette phrase pour deux raisons. D’abord, parce qu’elle réussit à définir la perfection, cette mystérieuse chose qui nous fascine et qui semble réussir à nous échapper constamment. Et enfin, parce que dans cette même phrase, Saint Exupéry réussit à atteindre la perfection selon la définition qu’il a créée. Aucun mot ne peut être retiré de cette définition. Elle a été simplifiée à son maximum, sans sacrifier la précision de son sens. Elle est donc, par définition, parfaite. Cette définition, c’est un tour de magie!
Ainsi, 80 ans après sa disparition, Saint Exupéry réussit avec quelques mots à me faire réfléchir sur la nature de la perfection. Je n’ai jamais croisé l’homme, et je ne le croiserai jamais. Et pourtant, sans lui, l’un de mes plus vifs souvenirs d’enfance n’existerait pas.
Pour moi, Saint Exupéry est un immortel qui entre et sort de ma vie à sa guise. À mesure que j’avance dans ma vie, que j’appréhende le fait de vieillir, je deviens de plus en plus admiratif de l’œuvre de cet auteur. Comment y est-il parvenu? Comment en si peu de mots parvient-il constamment à toucher mon cœur, lui qui ne m’a jamais connu et qui n’a pas respiré depuis 1944?
Est-ce même à Saint Exupéry que je dois ce désir bouillant d’écrire quelque chose de significatif, d’important, d’intemporel?
Cette année, j’ai décidé que j’allais plonger et apprendre à connaître cet auteur “mystérieux”. Je voulais qu’il devienne mon ami. Je voulais voir s’il y avait des parallèles entre sa vie et la mienne. Qu’est-ce que Saint Exupéry pouvait bien m’apprendre?
J’ai donc décidé de me lancer dans un périple de lecture qui comprendrait les trois livres suivants:
- Le Petit Prince
- Antoine de Saint Exupéry - La soif d’exister
- Antoine de Saint Exupéry - La gloire amère
Les deux derniers livres dans cette liste sont en fait une biographie en deux tomes de la vie de Saint Exupéry, écrite en 2012 par Bernard Marck. Avant de plonger dans celle-ci, je voulais me rafraîchir la mémoire et relire le Petit Prince.
De quoi parle le livre dans son ensemble?
Pour ceux qui n’ont jamais lu le Petit Prince, il s’agit de l’histoire d’un pilote d’avion (le narrateur) qui s’écrase dans le désert. Il fait la rencontre d’un petit prince, qui semble venir d’une autre planète. Les adultes diront qu’il n’est qu’une hallucination, un délire d’un homme en proie à la déshydratation. Les enfants, eux, ne s’arrêteront pas à ce genre de détail!
Au fil de l’histoire, on alterne entre les questionnements du pilote qui cherche à comprendre qui est le Petit Prince, et le parcours fantastique du Petit Prince qui l’a mené dans ce désert. En vérité, peu d’évènements prennent place. Le livre s’approche plus de la méditation et de la philosophie que du roman. C’est justement ce qui en fait son attrait: derrière ses apparences de fable simple se cachent des idées profondes sur le sens de la vie, des responsabilités, et des relations humaines.
Que dit-on en détail, et comment?
Le livre est écrit pour un public à la fois adulte et enfant. Dans cet univers, c’est l’enfant, représenté par le Petit Prince, qui comprend bien les choses. Les “grandes personnes” ne pensent qu’aux chiffres et ont perdu le sens des priorités.
Il y a deux grandes sections au livre: d’abord, l’explication du petit prince à propos de la réalité quotidienne sur sa planète. Il s’occupe de ses volcans, déracine ses baobabs, et arrose sa fleur, son amie. Ensuite, on raconte les rencontres que le Petit Prince fait en passant d’une planète à l’autre. Il y rencontre un roi, un homme vaniteux, un buveur, un business man, un allumeur de réverbères, un géographe… C’est intéressant de découvrir ces personnages à travers les yeux du petit prince, lui qui les voit avec l’innocence mais aussi la perspicacité d’un enfant.
(p. 37) “Le roi tenait essentiellement à ce que son autorité fût respectée. Il ne tolérait pas la désobéissance. C’était un monarque absolu. Mais, comme il était très bon, il donnait des ordres raisonnables.
Ce genre de passage me faisait sourire et réfléchir en même temps. Il y a quelque chose de vrai là-dedans.
Un des traits principaux du Petit Prince est sa curiosité:
(p. 45) Le petit prince […] jamais de sa vie n’avait renoncé à une question, une fois qu’il l’avait posée.
Est-ce là la définition de la curiosité? Cela aussi m’a fait réfléchir.
Mon passage préféré du livre est de loin l’échange entre le prince et le renard qui souhaite se faire apprivoiser. C’est à travers cet échange que le renard explique la nature des liens qui nous unissent et leur valeur.
(p. 67) [Apprivoiser] signifie créer des liens.
(p. 69) Si tu viens, par exemple, à quatre heures de l’après-midi, dès trois heures je commencerai à être heureux.
Qu’est-ce que j’ai appris?
Je n’avais pas l’intention d’apprendre grand chose en lisant ce livre. Plutôt, j’avais envie de me tremper le gros orteil dans le monde de Saint Exupéry afin de me rafraîchir la mémoire en préparation pour lire sa biographie.
J’ai lu ce livre avec ma conjointe et j’ai été surpris par l’effet attendrissant qu’il a eu sur nous. L’attitude sympathique et naïve du prince nous faisait constamment sourire, en particulier ses “Bonjour!” quand il rencontrait quelqu’un pour la première fois. D’ailleurs, nous avons commencé à nous dire “Bonjour!” en pensant au Petit Prince. Je crois donc qu’à travers cette lecture, nous avons reconnecté avec notre enfant intérieur.
L’histoire du Petit Prince est intemporelle. Je la revisiterai sûrement plus tard. Elle fait partie de moi, très loin dans ma mémoire. Ce périple était agréable. J’espère un jour pouvoir léguer au monde quelque chose d’aussi pur. À sa façon, c’est une histoire parfaite.
Le verdict de Félix:
👍
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⭐ Star Quotes
- (p. 22) Les baobabs, avant de grandir, ça commence par être petit.
- (p. 41) ⭐ Si tu réussis à bien te juger, c’est que tu es un véritable sage.
- (p. 72) On ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux.