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(Read 141) The Clan of the Cave Bear

Auteur: Jean M. Auel
Année de parution: 1980
Éditeur: Crown
Pour la première fois depuis belle lurette, je me suis lancé dans un roman de fiction. Il s’agit du premier tome d’une série classique que beaucoup de gens connaissent : Les Enfants de la Terre. Dans les années 80, ça a fait un tabac. Ma mère a particulièrement été marquée par cette lecture, et elle n’a pas hésité à m’en parler quand elle a su que je plongeais dans ce premier tome.
Je suis tombé sur ce livre grâce à Liette, la grand-mère de ma conjointe. Elle aussi disait avoir adoré cette série et conservait précieusement la première édition des six tomes chez elle. Pas question de faire un suplex du livre ici : j’ai fait une lecture à l’ancienne, c’est-à-dire en tournant délicatement chaque page. En vérité, ce n’était pas si mal. Bien que j’aie souvent eu mal aux doigts après de longues séances de lecture, je dirais que l’effort en a valu la peine.
J’ai pris l’habitude de lire ce livre avant de dormir, avec ma conjointe. C’était souvent un de mes moments préférés de la journée. On remplissait nos esprits d’images agréables, on se projetait dans le temps et on en apprenait plus sur nos lointaines origines. Car même si c’est une œuvre de fiction, l’autrice, Jean M. Auel, a fait un sacré travail de recherche pour arriver à ce résultat. Le monde qu’elle a construit pour la bande du clan de l’ours des cavernes me semble parfaitement plausible. Pour tout vous dire, bien que j’aie préféré Dune comme lecture de fiction, c’est la première fois que je lis un livre qui s’en approche en termes de qualité de “world-building”. Ça m’a impressionné.
Pour faire une histoire courte, c’est l’histoire d’une jeune Homo sapiens, Ayla, qui se fait adopter par un clan d’hommes de Néandertal. Elle adopte leurs façons de faire et y fait sa vie pendant environ une quinzaine d’années.
La raison de cette adoption est tragique. Un tremblement de terre sépare Ayla de sa famille. Âgée d’à peine cinq ans, elle est la seule survivante. Seule, elle parvient difficilement à se nourrir et à combler sa soif, et se fait traquer par une meute de lions qui manque de la transformer en repas. Par chance, elle est repérée par un groupe de Néandertaliens qui décide de la sauver alors qu’elle est sur le point de mourir d’une infection, à la suite d’une altercation avec un lion féroce.
Au fil des années, Ayla apprend leur langage et leurs coutumes jusqu’à devenir l’une des leurs. Cela ne fera pas l’affaire de tout le monde. Broud, le fils du chef, y voit une menace pour son ego, car elle attire l’attention des autres, ce qui le rend jaloux. On voit cette relation évoluer jusqu’au drame inévitable. C’est lui l’antagoniste principal du livre.
Le livre recèle de détails : Ayla apprend tout sur les plantes et les remèdes de l’époque grâce à sa nouvelle mère, Iza. La spiritualité est bien présente dans le groupe et est relayée généreusement par Creb. Ce dernier peut, selon les croyances du groupe, parler avec les esprits, ce qui est bien utile, car ceux-ci déterminent la chance (ou la malchance) du groupe entier.
On découvre le monde du livre tranquillement, mais sûrement. On assiste entre autres à l’une des rencontres entre clans, qui a lieu tous les sept ans. C’est ainsi que les clans transmettent leurs connaissances entre eux.
Évidemment, c’est de la fiction, mais c’est très bien documenté. Ça donne envie d’y croire. Tout ce qui est raconté semble plausible et logique, même la “religion” des hommes de Néandertal.
Ce que j’ai préféré dans ce livre, c’est tout ce qui touche à la magie et à la religion. En effet, dans chaque clan de ce monde, quelqu’un doit tenir le rôle de magicien. Bien qu’en tant que lecteur, on puisse expliquer tous les événements qui prennent place dans l’histoire sans recourir à la magie, j’ai vraiment adoré les modèles mentaux que les personnages utilisent pour expliquer les événements mystérieux autour d’eux, comme la conception d’un enfant, la mort ou la simple chance. Tout comme nous, ils parviennent à donner du sens à tout ce qui échappe à leur entendement. Sans nécessairement comprendre profondément les phénomènes, ils les comprennent suffisamment pour fonctionner dans cette nature impardonnable de la péninsule de Crimée, sur les bords de la mer Noire.
Par exemple, la peine de mort existe dans cet univers. Elle consiste à rejeter un membre du groupe plutôt qu’à le tuer littéralement. Mais c’est plus subtil que ça : le rejet ne se fait pas en repoussant le membre en question. Il se fait en l’ignorant et en “prétendant” qu’il est mort. On brûle ses possessions. On donne son espace à quelqu’un d’autre. Et cela s’explique, pour ces personnages, par la malédiction que peut jeter le magicien du groupe. En alignant quelques os par terre et en prononçant quelques paroles, il proclame que la personne maudite est morte et que tout ce qu’on voit d’elle est son esprit, qui ne veut pas partir. Évidemment, quand la personne maudite se rend à l’évidence qu’elle ne peut pas rester, entre autres parce que se faire ignorer par les gens qu’elle aime plus que tout au monde lui est insupportable (ceux-ci se sentent forcés malgré eux, car ils ne veulent pas que les esprits s’en prennent au groupe entier), elle n’a d’autre choix que de partir refaire sa vie ailleurs, ce qui, à cette époque, revient à signer son arrêt de mort. Il est trop difficile de survivre seul, c’est presque impensable. C’est justement ce qui arrive à Ayla à la suite d’une altercation, et c’est de loin l’un de mes passages préférés du livre. Évidemment, elle parviendra à s’en sortir miraculeusement au grand désespoir de Broud…
Bref, je trouve que c’est franchement bien pensé, au point même où je me demande si nos ancêtres fonctionnaient littéralement de cette façon. Selon moi, c’est un tour de force de la part de l’écrivaine, qui a réussi à assembler toutes ces idées dans un tout cohérent et logique.
Je recommande le livre à tous ceux qui sont à la recherche d’une lecture somme toute légère, mais bien détaillée et mature. L’action y est intemporelle et nous renseigne sur les mœurs de nos ancêtres. Vous aurez la tête pleine d’images une fois ce livre complété, c’est garanti !
Qu’est-ce que j’ai appris ?
J’ai appris que je peux lire un livre sans faire le suplex du livre, même si j’ai encore une large préférence pour le suplex !
J’ai réalisé que, peu importe notre niveau d’intelligence, nos croyances ou la technologie à laquelle on a accès, les deux forces les plus puissantes de notre univers humain sont les mêmes qu’il y a des milliers d’années : la reconnaissance et le rejet. C’est un peu ce que disait George Kouri dans Gimme a Hug. On le voit particulièrement bien dans le récit. Être accepté ou rejeté par ses pairs, c’est littéralement une question de survie. Je crois que cela fait partie de notre ADN. C’est la source d’une grande quantité de stress aujourd’hui. Et ça explique donc la puissance du geste d’accueillir les autres et de les accepter pour qui ils sont. Ça vient chercher quelque chose de profondément ancré en nous, car, fiction ou non, il n’aurait pas pu en être autrement à une certaine époque de notre évolution. C’est ce qui nous a permis d’exister aujourd’hui.
Je ne penserai plus jamais aux hommes préhistoriques de la même façon. J’ai beaucoup de respect pour eux, qui ont su façonner notre monde et bâtir la voie pour notre existence avec pas grand-chose pour les aider.
Il y a plusieurs façons d’expliquer une réalité, mais le temps n’a en rien diminué la valeur d’une personne courageuse et patiente.
Comment vais-je utiliser ce que j’ai appris ?
Un plus grand respect pour mes ancêtres. Tout ce que je fais dans ma vie, je constate que c’est bâti sur les épaules de véritables titans.
Pourquoi dois-je utiliser ce que j’ai appris ?
Pour ne pas m’enfler la tête et pour savoir comment bâtir une relation solide avec la communauté qui m’entoure. C’est peut-être bien une question de survie !
Quand vais-je utiliser ce que j’ai appris ?
Quand j’aurai besoin de courage, je penserai à tout ce qu’ont dû affronter mes ancêtres pour me permettre non seulement de relever des défis, mais de vivre tout court. Je crois que cela m’aidera dans les moments où j’aurai besoin de me rappeler que les moments où l’on ressent la pression sont un privilège, car ce sont les meilleures occasions de se dépasser.
Le verdict de Félix:
👍👍
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