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(#145) Je Reinvente Ma Vie

Auteur: Jeffrey E. Young, Janet S. Klosko
Année de parution: 2018
Éditeur: Les Éditions de l’Homme
Lien vers mes notes manuscrites numérisées
C’est drôle de passer d’un livre qui dit que les traumatismes n’existent pas (The Courage to be Disliked) à un livre qui parle de la thérapie comme un antidote partial aux traumatismes de l’enfance.
J’ai commencé à lire Je réinvente ma vie grâce à la recommandation de ma thérapeute. J’avais besoin de savoir ce qui clochait en moi. Est-ce que j’avais un TDAH? Est-ce que je suis autiste? J’avais besoin qu’on m’explique pourquoi je me sentais si isolé des autres autour de moi. D’où me venait cette anxiété latente qui me suivait à chaque pas? Quel ingrédient me manque-t-il pour toucher le bonheur durable? Le vieux sentiment d’être seul dans une foule de gens qui m’aime m’était rendu insupportable.
Le but de cette lecture était d’explorer les schémas qui ont guidé ma vie jusqu’à aujourd’hui. Ma thérapeute m’a fait comprendre quelque chose: je suis peut-être (parfaitement) normal. J’ai des tendances mentales qui peuvent être travaillées, mais il n’existe pas de pilule qui pourra me remettre sur la bonne voie.
Ce n’est pas la réponse que je voulais. J’espérais tellement qu’une pilule miracle puisse me guérir. Or, ce n’est pas moi l’expert. J’ai décidé de faire confiance au jugement de ma thérapeute.
Nous nous sommes donc penché sur les schémas, ces chemins qu’a tendance a emprunter l’esprit au quotidien. Voici comment le livre définit les schémas:
(p. 9) Qu’est-ce qui pousse certains individus à toujours répéter des choix amoureux malheureux ou encore comment comprendre l’insatisfaction profonde de gens à qui, pourtant, la vie semble circonstances remarquablement similaires à celles qui, dans l’enfance, contribuaient à notre détresse? Un schéma englobe tous les moyens que nous prenons pour recréer ces scénarios.
Voici maintenant les schémas présentés par le livre. Il s’agirait là des ingrédients de base qui nuisent à notre épanouissement. Saurez-vous identifier certains schémas qui vivent en vous?
| Schéma | Phrase typique |
|---|---|
| Abandon | “Je t’en supplie, ne me quitte pas!” |
| Méfiance et abus | “Je ne peux pas te faire confiance!” |
| Carence affective | “Mes besoins ne seront jamais comblés!” |
| Exclusion | “Je me sens à part.” |
| Dépendance | “Je ne peux pas me débrouiller seul.” |
| Vulnérabilité | “La catastrophe est imminente.” |
| Imperfection | “Je ne vaux rien.” |
| Échec | “Ma vie est un échec.” |
| Assujettissement | “Je fais toujours ce que tu veux!” |
| Exigences élevées | “Ce n’est jamais suffisant.” |
| Tout nous est dû | “Je peux obtenir tout ce que je désire.” |
Le livre débute avec un questionnaire visant à trouver quels sont les schémas qui sont le plus probablement présents dans notre vie. Dans mon cas, j’ai initialement eu un petit vertige, car sur onze des schémas, près de la moitié semblait me concerner:
- “tout m’est dû”
- assujettissement
- abandon
- imperfection
- échec
Bien que certains d’entre eux résonnaient fort en moi tel que définis dans le livre, j’étais un peu mystifié. Comment puis-je croire que tout m’est dû si je suis le genre de personne qui s’assujettit? Comment puis-je avoir un schéma d’abandon si mes parents ont toujours, toujours été présents pour moi? Comment puis-je avoir un schéma d’échec si tout me semble réussir dans la vie?
Au bout du compte, ce livre m’a permis de mettre la lumière sur certaines de mes inclinations et de les voir pour ce qu’elles sont. Pour chaque schéma, les auteurs donnent des pistes des signaux de danger d’un schéma X dans nos relations amoureuses, les pièges de ce schéma, leur origine potentielle dans notre vie et des pistes pour les modifier.
À elle seule, je ne crois pas que cette lecture m’aurait permis de mettre en action les pistes suggérées par les auteurs. C’est difficile de savoir par où commencer, même si le texte est très concret et cite des exemple de vrais patients qu’ont aidés les auteurs. Je crois que ce qui a rendu cette lecture utile dans mon cas est qu’elle faisait partie d’une thérapie où j’avais du soutien pour tourner ces idées dans tous les sens.
Ce que j’en retiens, c’est qu’il y a une foule de personnes qui gravitent autour de moi et qui ont mes intérêts à cœur. Pendant trop longtemps, j’ai sous-estimé le réseau de support que j’ai accumulé au fil des ans. J’ai souvent tendance à vouloir projeter l’image que je suis sûr de moi, un Félix heureux et sans soucis à qui tout réussit. Les difficultés se présentent quand il s’agit de vivre à la hauteur de cette image. Je n’ose pas assez souvent “demander de l’aide” aux gens dans ma vie de peur de briser le mythe que je m’efforce d’entretenir à propos de moi-même.
J’adore quand les gens me donnent de l’attention pour mes accomplissements, mais je n’ose pas assez souvent montrer ma vulnérabilité, alors que c’est dans ces moments où mes proches peuvent avoir le meilleur impact sur ma vie. Même après avoir écrit Apprendre sans anxiété, un livre qui raconte comment j’ai perdu des années de ma vie à vouloir maintenir l’image que je savais tout au lieu de réellement apprendre comment me dépasser, cette tendance continue de me suivre.
J’ai fait l’exercice de littéralement composer le numéro de téléphone des gens avec qui j’aime parler, mais à qui je n’avais jamais vraiment laissé paraître que je vivais des moments plus difficiles. J’ai fait cela pendant que ma copine était en voyage à l’extérieur du pays. J’aurais pu la contacter elle, mais j’ai décidé d’utiliser mon réseau de soutien plus étendu pour éviter que tout mon soutien émotif dépende d’une seule personne. C’était initialement un peu inconfortable, je l’avoue, autant pour mes amis que pour moi, de tester cette nouvelle dynamique. C’était un chemin que nous n’avions jamais emprunté ensemble dans nos relations. Or, je crois que cela nous a permis de nous démontré que nous pouvions nous faire confiance, et je sais que s’ils avaient à m’appeler, je serais disponible pour eux.
Ce qui rend cet exercice si puissant est qu’à lui seul il me permet de couper à travers tous mes schémas. Parce que je dois me mobiliser pour contacter mes proches, j’arrête d’assumer que tout m’est dû. Parce que dois dire à mes proches que j’éprouve le besoin de leur parler et de me montrer vulnérable devant eux, je cesse de m’assujettir. Parce que je parle de façon sincère, je comprends que mes proches ne m’abandonneront pas, puisqu’ils poursuivent l’appel avec moi. Parce que je leur présente mes défauts, j’accepte mes imperfection. Et parce que je prends le risque d’être si franc avec eux, je m’ouvre à la possibilité qu’ils ne soient pas disponibles pour moi. Bref, en faisant un seul appel d’une vingtaine de minutes, c’est comme si je parvenais à souffler tous les nuages qui plombent souvent mon esprit. Je me démontre que mes idées préconçues sont fausses.
Gros apprentissage!
Voici une autre réalisation: j’aime aider les autres, mais je trouve difficile de recevoir de l’aide. Or, si les gens qui m’entourent me ressemblent, ils seront heureux de recevoir l’opportunité de m’aider. Peut-être qu’au lieu de me voir comme un fardeau, je peux recadrer les choses et me permettre de voir que je suis aussi un cadeau pour eux, une opportunité pour eux d’aider leur prochain.
Bref, ceci était une lecture bien personnelle pour moi, et mon message à ceux qui lisent ce review est de prendre leur santé mentale au sérieux et de ne pas hésiter à prendre quelques rendez-vous d’appoint avec des professionnels en santé mentale. Je ne vois pas cela comme une admission d’une défaillance, mais plutôt comme de la formation sur comment je fonctionne.
“Connais-toi toi-même” disaient les Grecs. Ils avaient raison. C’est le chemin le plus court pour arriver au bonheur.
Le verdict de Félix:
👍
👍
Des pistes pour la suite
- (p. 33) En renonçant à un schéma, nous renoncerions à la sécurité de savoir qui nous sommes et de quoi le monde est fait.
- (p. 95) Les personnes qui croient que “tout leur est dû” tendent à
blâmer les autres pour leurs ennuis, elles ne peuvent admettre être
la source de ceux-ci. Il serait étonnant qu’une telle personne lise
le présent ouvrage, car elle est d’avis que ce sont les autres qui
ont des problèmes, pas elle.
- and yet, here I am.
- (p. 121) Retrouvez l’enfant en vous et parlez-lui. Vous pouvez le faire à voix haute ou par écrit. Vous pouvez lui écrire de la main droite (si vous êtes droitier) et faire en sorte qu’il vous réponde en écrivant avec votre main gauche (ou vice versa si vous êtes gaucher). L’enfant en nous peut s’exprimer de cette façon.
- (p. 124) Étiez-vous vraiment un enfant exceptionnel ou vos parents vous ont-ils gâté, cajolé, et convaincu du fait que vous aviez droit à des traitement de faveur (“tout nous est dû”)?
- (p. 138) Retenez-vous de chercher à impressionner vos semblables. Faites l’expérience d’être comme tout le monde plutôt qu’unique ou supérieur. C’est seulement en vivant cette expérience que vous vous rendrez sensible aux possibilité de changement.
- (p. 561) Un homme qui croit avoir échoué dans sa carrière croira avoir échoué dans la vie. […] Surtout pour les hommes, […] la société valorise avant tout leur réussite professionnelle.
- (p. 601) Parce que vous considérez dangereux et malsain de vous fâcher ouvertement, vous niez votre colère et vous la réprimez.
- (p. 613) [Quelqu’un d’assujetti] a conclu que le fait d’exprimer des besoins pouvait lui nuire.
- (p. 622) Le fait de ne pas connaître ses besoins et ses préférences est un piège du schéma “assujettissement”.
- (p. 653) Vous devez exprimer vos préférences dans vos relations interpersonnelles. Profitez de chaque occasion qui se présente à vous. Commencez pour des choses en apparence triviales, puis passez peu à peu aux plus importantes.
- (p. 720) La personne qui estime que tout lui est dû ne consulte pas, mais pousse par son attitude son conjoint à le faire [i.e. thérapie].
- (p. 776) L’autoconfrontation empathique: Soyez compatissant envers vous-même tout en vous incitant sans cesse à vous transformer.
- (p. 778) Les traumatismes de l’enfance expliquent pourquoi le changement est si long et si ardu; ils ne justifient pas que vous laissiez vos modes de comportement destructeurs empoisonner votre existence sans vous efforcer de les modifier.
- (p. 785) La thérapeute doit, dans une certaine mesure, remplacer le parent qui vous a manqué. C’est ce que nous appelons le “reparentage”, ou “expérience parentale corrective.” La thérapie agit comme un antidote partiel aux traumatismes de l’enfance.
⭐ Citations étoiles
Chapitre 3: La nature des schémas
- (p. 85) L’autonomie consiste à se sentir suffisamment en sécurité pour affronter le monde extérieur, à avoir un sens développé de ses aptitudes et de son identité.
Chapitre 4: Capitulation, fuite et contre-attaque
- (p. 108) Toute transformation s’avère impossible dès l’instant où nous ne reconnaissons pas l’existence d’un problème. Nous persistons, au contraire dans nos relations et nos comportements destructeurs.
- (p. 108) ⭐ Plus nous nous efforçons de vivre sans souffrir, plus nous nous privons des moyens de mettre fin à nos souffrances.
- (p. 109) Fuir équivaut à renoncer à nos émotions. Nous ne ressentons pas. Nous nous déplaçons dans une sorte d’engourdissement, incapables de faire l’expérience tant du plaisir que de la douleur.
Chapitre 5: La transformation des schémas
- (p. 120) Il est très difficile de guérir une douleur ancienne sans d’abord la revivre.
- (p. 146) Qui veut voyager loin ménage sa monture.
Chapitre 14: “Je fais toujours ce que tu veux!” — Le schéma assujettissement
- (p. 600) La colère est inévitable lorsque nos besoins sont constamment réprimés.
- (p. 601) ⭐ La colère est une composante essentielle de toute relation saine. Elle indique que quelque chose cloche, que l’autre personne est peut-être injuste avec vous. Idéalement, la colère nous incite à nous affirmer et à corriger la situation.
- (p. 604) Les comportements passifs-agressifs (la procrastination, les ragots, le fait d’accepter une responsabilité et de ne pas la respecter, les justifications) ont pour but d’irriter les autres, mais les personnes qui sont victimes de tels comportements ne peuvent pas savoir s’ils sont délibérés.
- (p. 644) On peut difficilement se laisser intimider par une autre personne quand on parvient à s’affirmer devant elle.
- (p. 648) La plupart des personnes assujetties évitent le pronom “je” quand elles parlent de leurs émotions. Au lieu de “[je] t’en voulais de m’éviter”, elles disent “Il est normal qu’on en veuille à quelqu’un qui nous évite”.
Chapitre 15: “Ce n’est jamais suffisant” — Le schéma exigences élevées
- (p. 675) Si vos critères de réussite sont trop élevés pour que vous puissiez les atteindre, vous risquez de vous sentir incompétent, de croire que vous avez échoué.
Chapitre 16: “Je peux obtenir tout ce que je désire” — Le schéma “tout nous est dû”
- (p. 758) Les études ont montré que plus la détresse du patient qui entre en thérapie est grande, plus il est susceptible de changer.
Chapitre 17: Une philosophie du changement
- (p. 765) Pour qu’une transformation ait lieu, nous devons apprendre à regarder en face les causes de notre souffrance.