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Platon — Œuvres complètes (partie 1, de A à Phé)

Auteur: Platon, édition revue et corrigée par Luc Brisson
Année de parution: -400, 2023
Éditeur: Flammarion
Lien vers mes notes manuscrites numérisées
Félix — Hé, Platon, es-tu là?
Platon — Bien sûr, cher Félix, je suis toujours là. Que me vaut l’honneur qu’on m’adresse la parole aujourd’hui?
Félix — Eh bien, pour te répondre en toute honnêteté mais aussi aussi succinctement que possible, je viens de lire un peu plus de la moitié de tes œuvres et j’aimerais philosopher sur la chose. Tu apprendras bien vite à me connaître, et j’ai entre autres cette caractéristique qui est que j’aime me mettre dans la peau de celui qui m’enseigne ce que j’essaie d’apprendre. Or, puisque tu m’as fait découvrir l’art de philosopher par le dialogue, je me suis dit que je me porterais à l’exercice.
Au tout début, j’ai songé écrire un dialogue entre deux personnages, quelconques ou pas, comme tu as tendance à le faire. Mais ensuite, j’ai réalisé que tu t’es toi-même rarement donné la parole dans ton œuvre en t’effaçant derrière Socrate, un peu comme Socrate a pris la parole toute sa vie mais sans laisser d’écrits lui-même. Ainsi, voilà la proposition que j’aimerais te faire, dans un esprit qui se veut gagnant-gagnant: puisque j’ai besoin d’un partenaire de discussion, et puisque l’immortalité ta rendu disponible et, est-ce possible où tu es, en quête d’amusement, nous pourrions échanger ensemble le temps que je mette mes idées en place par rapport à tout ce que tu as tenté m’enseigner grâce à tes écrits. Est-ce que cette proposition t’intéresse?
Platon — Comment pourrais-je te refuser cette demande?
Félix — Je suis heureux que tu trouves ma demande raisonnable. Fort bien! Alors sache d’abord que cet échange entre nous a le potentiel d’être lu par d’autres, car j’ai la chance de vivre à une époque où publier ses écrits est chose gagnée d’avance (du moins, grâce à l’internet, longue histoire)… Cela te va?
Platon — Tant que tu ne me prêtes pas de propos qui ne pourraient sortir de ma propre bouche, je ne perçois aucune raison de ne pas accepter d’avoir cet échange avec toi.
Félix — Excellent. Voilà donc, pour donner un peu de contexte. Tu es une figure historique dont les idées ont largement influencé la civilisation dans laquelle je vis. Aujourd’hui, je suis à même de constater que la culture dans laquelle mon peuple a grandi est, en réalité, partiellement fondé sur ce qui me semble aujourd’hui être tes idées prédatant tout ce que je connaissais. Cela est vertigineux, comment autant d’idées ont pu être énoncées aussi clairement par un seul homme. La société dans laquelle je vis est tellement différente de la tienne que je ne saurais pas par où commencer pour t’en expliquer les différences.
Enfin bref. Tes écrits ont voyagé, pendant un plus de 2300 ans, pour te rendre jusqu’à moi aujourd’hui, colligés dans un bouquin traduit dans ma langue par Luc Brisson, un expert mondial qui a passé une majeure partie de sa vie à étudier tes idées. Or, je fais partie d’une minorité de gens qui prennent le temps de te lire.
En faisant cette mention, deux questions me viennent à l’esprit. D’abord, comment se fait-il qu’il soit rendu si rare que l’on prescrive la lecture de tes idées à la majorité des citoyens de la cité où je vis? Ensuite, comment se fait-il que si peu de gens prennent avantage de leur liberté pour faire ce choix eux-mêmes?
Récemment, j’ai découvert une technique de lecture qui m’a permis de lire des écrits riches, denses, longs, et cela a eu un impact immense sur ma vie. Parce que j’ai envie de partager cet apprentissage aux gens autour de moi, je me donne des défis pour amener mon exploration de plus en plus loin. Et donc, il n’y a que quelques mois de cela, je lisais un ouvrage intitulé The Courage to Be Disliked écrit sous forme de dialogues. Tu étais cité comme une inspiration dans ce livre écrit en 2013. J’ai tellement aimé la formule que je me suis dit «Ça y est, le moment est venu pour moi de plonger dans l’œuvre de Platon.» Je te disais même cette phrase pour me motiver à le faire: «À nous deux, Platon!»
Platon — Je le sais bien, je t’ai entendu la dire, puisque tu me l’adressais.
Félix — Évidemment. Et dans cette compilation que sont tes œuvres Complètes, tes écrits sont organisés par ordre alphabétique, de sorte que je me suis arrêté à la fin de Phédon pour prendre le moment d’avoir cette première conversation avec toi.
Platon — Tu t’es arrêté exactement au moment où je décris la mort de Socrate. Pourquoi as-tu choisi ce moment particulier?
Félix — Eh bien, j’ai commencé à te lire le 13 mai 2026, si ma mémoire est bonne. Nous sommes aujourd’hui le 22 août 2026. Cela a représenté pour moi trois mois de lecture intensive, et honnêtement tu transmets tellement d’idées qu’il fallait que je prenne un moment pour y mettre de l’ordre avant de continuer à aller plus loin. De plus, parce que j’avais l’impression de commencer à te cerner en tant qu’auteur, c’est-à-dire en tant que personnage, j’avais bien hâte de t’adresser la parole.
Platon — Peut-on vraiment dire que c’est à moi que tu donnes la parole, toutefois?
Félix — Tu as raison de poser la question, car vu de l’extérieur on pourrait affirmer que je parle tout seul et que je ne fais que m’adresser la parole à moi-même. C’est pourquoi je m’attends à ce que tu me poses surtout des questions plutôt que d’affirmer tes propres opinions, comme Socrate avait tendance à le faire dans les scènes que tu racontais. Après tout, ai-je tort de dire que l’esprit de Socrate vit en toi et que ta façon d’aborder le dialogue serait similaire à celle de celui qui a été ton maître? Mais si, à un moment, pour quelconque raison, tu souhaites faire une envolée lyrique, n’hésite surtout pas.
Platon — D’accord, je t’en prendrai au mot. Ainsi, par où souhaiterais-tu commencer cet échange?
Félix — J’ai pris la peine d’écrire une liste de questions qui me venaient en tête au fil de la lecture (je m’en félicite intérieurement en ce moment), je te laisse la consulter afin de choisir celle dont tu souhaites entendre ma réponse.
Platon — Je choisis la question qui était parmi les grandes favorites de Socrate. Félix, qu’est-ce que la vertu? Comment la définis-tu?
Félix — Ah, cette grande question. Je suis content que tu me la poses, car je la redoutais. Voilà enfin venu le moment où je serai testé et où je saurai ce que je vaux.
Acceptes-tu que je décline de répondre à cette question? En échange, en guise de bonne volonté, il me fera plaisir de t’expliquer pourquoi je te fais cette demande.
Platon — J’avoue que cela me déçoit quelque peu, mais puisque tu n’essaieras pas d’y répondre, je veux bien au moins comprendre pourquoi!
Félix — Eh bien, je crois que je ne serai jamais en mesure de te donner une réponse satisfaisante. Ce que je considère aujourd’hui être la vertu pourrait être perçu comme étant l’opposé de la vertu dans telle ou telle situation. Je veux bien quand même tenter une réponse, quitte à me couvrir de ridicule: la vertu, pour moi, c’est tenir sa parole. Or, je sais que cette réponse est incomplète, que la vertu au complet ne pourrait jamais qu’être une seule chose, et donc, je mets la question de côté.
Voici ce que je pense vraiment quant à la question. Ne dis pas que je triche, car c’est réellement ce que je pense. J’ai l’impression que définir la vertu est d’un intérêt secondaire, si vraiment c’est un exercice qui ultimement se soldera en échec. Plutôt, si je tentais de répondre à cette question, je te renseignerais plus sur moi-même et ce en quoi je crois que sur la nature de la vertu elle-même. Voilà donc l’intérêt de cette question, selon moi: elle t’amène à me connaître, et elle m’apprend à réfléchir. Ainsi, allons droit au but.
Je crois que tous les humains aspirent à être vertueux au plus profond d’eux-même, car posséder la vertu est, à mon sens, ce qui maximise les chance de vivre une vie en harmonie avec le cosmos, chose qui me semble parfaitement souhaitable. Je m’attends à ce que quiconque à qui nous poserions cette question, «Qu’est-ce que la vertu?», la définirait en des termes qui lui permettrait un jour de l’atteindre, puisque nous y aspirons tous. Pour définir ce qu’est la vertu, je crois qu’il faut croire qu’elle existe. Ce que je tente de dire par là, c’est qu’en te donnant ma définition de la vertu, je te renseigne à propos du caractère que j’aimerais posséder selon lequel je crois que tous les humains bénéficieraient que nous possédions tous également ce caractère. En quelque sorte, je te dévoile le monde dans lequel j’aimerais vivre.
Je ne sais pas si j’aurai un jour une réponse à cette question. Je ne sais pas de quoi le monde a besoin, et mes goûts changent avec l’âge. Aucune définition de la vertu ne pourrait traverser le temps indéfiniment selon moi. La vertu possède trop de dimensions que je ne parviens pas à assembler en une seule définition. Et que j’aie raison ou tort me semble être de peu d’importance. Pour moi, le plus important est que nous soyons à même de nous entendre et d’échanger des idées dans le but de s’éduquer l’un et l’autre. En faisant cet exercice ensemble, je crois que nous faisons preuve de vertu, moi en prenant le temps de m’éduquer, et toi en transmettant ton savoir et en m’aidant à m’élever plus haut.
Platon — Soit. Prenons tout de même le peu de réponse que tu as tenté de me donner à la question. Tu dis que la vertu, c’est «tenir sa parole.» Si quelqu’un promet de faire un sale coup à un innocent, et qu’il le fait, est-ce vertueux selon toi?
Félix — Eh non! Tu constates donc les limites de ma définition initiale. Je dis que tenir sa parole est vertueux, seulement parce que je m’imagine que quand je donne ma parole, je le fais pour des choses bonnes. Or, pour avoir le droit de dire cela, il faudrait que je définisse le bon. Et on se lance dans une autre boucle dont je ne saurais me déprendre.
Platon — Mais alors, quelle direction espères-tu donner à cette discussion si tu n’essaies même pas de défendre ta réponse à la première question qui t’est posée?
Félix — Pour tout te dire, mes espérances ont déjà été comblés. Je voulais tenter cet exercice, te donner la parole, tout simplement. Tu sais, j’ai une devise: Apprendre = situation récurrente + décision différente. Parce que je crois que le chemin vers la vertu est d’apprendre le plus de bonnes choses possible, j’essaie de varier mes choix à chaque opportunité qui se présente. Aujourd’hui, c’est le cent-quarante-sixième texte que j’écris suite à une lecture que j’ai faite, et c’est la première fois que je l’écris sous forme de dialogue. Est-ce que c’est une bonne ou une mauvaise formule? Seul le recul du temps permettra de déterminer cela. Mais, la chose qui est certaine, c’est que ça me permet d’apprendre quelque chose.
Platon — Et donc la question se pose, qu’es-tu en train d’apprendre présentement?
Félix — À cet instant précis, je suis en train d’apprendre que c’est important pour moi de prendre le temps d’écrire quand il se présente. Il est 23h30 pour moi, j’écris au milieu de la nuit et je me sens comme si j’étais un voleur pour prendre ce temps à moi.
Mais je ne regrette pas de le faire. J’apprends donc à me donner un peu de lousse pour me permettre de prioriser ces choses que je trouve importantes comme écrire et surtout avancer dans mes lectures, en particulier en écrivant ma critique de ce livre.
Je pourrais donner une réponse bien plus large, aussi. Je suis en train d’apprendre à plonger, chose nouvelle pour moi. J’apprends à qui dire oui plus souvent et à qui dire non plus souvent. J’apprends à être patient tout en respectant mes priorités. J’apprends à me mettre de l’avant sans me mettre au-dessus des autres.
Platon — Et donc, pourrais-tu me faire la critique de mon livre?
Félix — Je vais certainement tenter de le faire, puisque tu m’en fais la demande. Pour commencer, je ne saurais «critiquer» aucune des choses que tu as écrites. Elles ont traversé le temps comme rien d’autre à mes yeux, et sont autant utiles aujourd’hui qu’à l’époque où tu les as écrites. Tes textes approchent la perfection comme rien que j’ai lu auparavant, même dans leurs imperfections. De plus, je me suis arrêté avant d’atteindre la fin, donc tu devras t’attendre à ce que ma perspective soit incomplète. Malgré les centaines de pages que j’ai lues avec intérêt, je n’ai toujours pas rencontré ton allégorie de la caverne, ni ta République par ailleurs. J’ai encore bien des choses à découvrir, ceci n’est qu’un début.
J’ai beaucoup apprécié que, non seulement tu nous enseignes des façons de voir le monde qui nous permettent collectivement d’approcher la vertu et le bonheur collectif durable, mais en plus tu le fais en nous apprenant à réfléchir, en nous montrant le chemin que tu empruntes toi-même pour arriver à tes propres conclusions. Ainsi, je veux bien te répéter la façon dont je parle aujourd’hui de tes écrits aux gens qui m’entourent.
En un mot, j’ai senti qu’au fil de la lecture de tes textes, ce qui ressortait le plus pour moi est que tu m’apprenais à réfléchir. Tu m’apprenais l’importance de la définition des mots, des lois qui régissent notre société, en me faisant vivre, à travers les dialogues, les bénéfices ou les conséquences d’utiliser ces concepts de façon droite ou défaillante. J’avais l’impression d’apprendre plus vite en «écoutant» tes personnages réfléchir ensemble qu’en recevant l’exposé d’un seul d’entre eux.
Platon — Mes écrits explorent plusieurs dimensions de la vertu, pour reprendre une idée que tu as exprimée plus tôt. Quelle histoire t’a marqué le plus?
Félix — Cela va sans dire, Platon, mon histoire préféré est celle de Socrate, en particulier ce qu’on peut reconstruire en prenant tout ce qui se rapportent à la condamnation à mort de ce dernier et comment il a vécu sa peine jusqu’à la toute fin. Cela m’a profondément touché parce que j’ai eu l’impression de côtoyer quelqu’un qui était incapable de ne pas vivre dans la vertu et, pourtant, ou peut-être parce qu’il était justement trop parfait, on l’a puni pour ses «crimes». Malgré tout cela, il n’a jamais tenté d’éviter sa peine ou de changer les règles du jeu pour échapper à son sort. Pour tout dire, il a même consolé ses amis de son départ.
Platon — Tu le sais, Socrate est quelqu’un qui m’est très cher. Pourquoi crois-tu que son histoire résonne-t-elle autant chez toi?
Félix — D’abord, elle est tragi-comique. Quand Socrate se fait annoncer par Chéréphon que l’oracle lui a révélé que Socrate est l’homme le plus savant d’entre tous, Socrate lui-même n’arrive pas à l’accepter, puisqu’il a passé toute sa vie à affirmer que la seule chose qu’il sait, c’est qu’il ne sait presque rien. Que Socrate ait l’audace et le courage de parcourir la Grèce à la recherche de quelqu’un de plus savant que lui afin de contre-vérifier l’oracle, pour se retrouver à être de plus en plus déçu à chaque «savant» qu’il rencontre, cela est un triste commentaire sur notre société qui préfère écouter la rhétorique que la philosophie. En effet, aujourd’hui comme à ton époque, on tend à déclarer que quelqu’un est savant parce qu’il nous inspire confiance, tout simplement. C’est quelque chose que Socrate a combattu toute sa vie, est c’est ce qui lui a appris à réfléchir par lui-même de façon si exemplaire qu’il en est réellement devenu un savant malgré le fait qu’il est convaincu ne presque rien savoir.
Mais ensuite, j’ai été ébloui par le courage et, à nouveau, la «vertu» de Socrate en refusant de s’échapper de sa prison en attente de boire la ciguë mortelle. C’est surtout la raison qu’il a donné qui m’a impressionné: s’il fuyait, il invaliderait toutes les choses qu’il a enseignaesé tout au long de sa vie. Mais aussi, en se donnant le droit de ne pas respecter les règles de sa cité, il affaiblirait sa cité en faisant en sorte que ses lois puissent être contournées. Parce qu’il aime sa cité au point de lui léguer sa vie pour la fortifier, il se sacrifie, même si c’est à la main de gens qui, au fond, étaient simplement rancunier du fait qu’ils ont reçu une bonne leçon un peu trop tard dans leur vie.
Platon — Intéressant. Je constate qu’il est 23h59 d’où tu écris. Prenons une pause et revenons plus tard à notre discussion.
Félix — Bonne idée. À bientôt, mon divin ami.
Le deuxième jour
Platon — Te revoilà! Alors, est-ce que la nuit t’a porté conseil?
Félix — C’était une nuit sans songes pour moi, ce qui est rare. J’interprète cela comme un bon signe, un signe que je me suis bien reposé. Merci de me l’avoir demandé.
Justement, au moment de m’assoir pour t’écrire, j’étais curieux de la tournure que prendrait cette discussion. J’ai l’impression que nous avons à peine entamé la discussion de ton œuvre, ce qui selon moi devrait être le point central de cet échange que nous sommes en train d’avoir.
Platon — Et pourquoi crois-tu cela? Pourquoi se limiter à discuter mes idées?
Félix — Pour tout te dire, j’ai l’impression que c’est ce qu’on attend de moi. J’écris mes critiques de livres pour un public avide de recommandations littéraires, en quête de découverte d’idées et de concepts nouveaux. C’est le rôle que je me suis donné.
Or, ta question soulève un point intéressant. Pourquoi devrais-je garder ce rôle? Est-il le bon rôle pour moi?
Tiens, voilà un angle que nous pourrions prendre pour entamer cette discussion qui a trop longtemps tourné dans mon esprit, même avant de prendre connaissance de tes idées. Peut-être qu’ensemble nous pourrons m’aider à «accoucher» et à passer à autre chose.
Platon — Je t’écoute.
Félix — Il y a quelques années seulement, la société dans laquelle je vis a vécu une pandémie globale dont on se souviendra sous le nom de COVID. Dans ma génération, nous n’avions jamais rien vécu de tel. Je ne crois pas que de ton vivant tu fus témoin de quelque chose de similaire, un virus qui menace la terre entière d’un seul coup. Pour la première fois dans ma vie, j’ai eu l’impression que tout le monde était misérable en même temps. Nous étions tous pris par surprise. Et pour couronner le tout, c’est autour de cette période que mon âme a perdu la majorité de ses repères. Ma santé mentale n’allait pas bien. Je réalisais que j’avais choisi une carrière qui ne me convenait pas. Mes relations aux autres étaient, comment dire… dysfonctionnelles. Mon esprit était dans les limbes et avait besoin d’aide, mais ne savait pas où la trouver.
Par miracle, alors que je commençais à croire que j’étais bon à rien, je me suis initié à l’art de la littérature. C’est le miracle de l’esprit qui s’ennuie: il est prêt à essayer n’importe quoi pour que ça cesse. Je savais lire depuis ma tendre enfance (je suis curieux de combien de gens à ton époque pouvaient en dire autant), mais je n’avais jamais pris pleinement avantage de ce pouvoir avant l’âge de 29 ans. Cette expérience a été profondément transformatrice pour moi, et j’ai l’impression que je passerai le reste de ma vie à tenter de la raconter avec justesse. Cela me rappelle ces mots que tu as écrits dans tes lettres:
(p. 656) (Lettre VII, passage rephrasé) Même l’homme sensé, lorsqu’il écrit, paralyse et rend infirmes les choses qu’a contemplées son intellect et les afflige des déficiences du langage qu’il a choisi.
À travers mes lectures, j’ai eu le privilège de «converser» avec des maîtres de toutes les époques, de prendre connaissance de ma petite place dans ce vaste univers, de mieux apprécier la valeur fondamentale de ceux qui m’entourent. J’ai découvert les outils qui m’ont donné envie de vivre et de persévérer à travers les épreuves difficiles. Je me suis donné la mission de transmettre ce qui m’était arrivé à ceux qui m’entourent, dans l’espoir d’amener de l’eau à l’âme de ceux qui en ont besoin sans le savoir. À nouveau, une de tes paroles ressurgit en moi, celle-ci vient du Banquet:
(p. 138) Celui qui ne s’imagine pas [être dépourvu de savoir] ne désire pas ce dont il ne croit pas devoir être pourvu.
Avant de découvrir les bienfaits de la littérature, je n’aurais jamais pu m’imaginer le gouffre dans lequel mon âme se trouvait. Aujourd’hui, simplement en nourrissant mon âme de différentes perspectives, en travaillant à comprendre ses idées qui m’ont échappées pendant tant d’années, et trouvant le courage de poser de nouvelles actions concrètes qui ont changé ma réalité souvent pour le mieux, j’ai réinventé ma vie. J’ai changé mon rôle. Je me suis donné le rôle que je désirais.
Cela est à la fois une bénédiction et une malédiction. À nouveau, tu es meilleur que moi pour exprimer ce que je tente de dire, donc je vais te faire parler à ma place:
(p. 748) ⭐ Il est risqué d’avoir recours à la prière, quand on manque d’intelligence, et c’est le contraire de ce que l’on souhaite que l’on obtient.
C’est dans tes Lois que j’ai trouvé ce passage.
J’ai souhaité devenir «celui qui lit plus que les autres» afin de me créer une réputation qui ouvrirait l’esprit de ceux qui m’entourent. J’ai voulu donner un exemple si fort qu’il serait irrésistible de ne pas vouloir m’émuler à force d’entendre les énumérations des bienfaits que cette pratique, la lecture intelligente, m’a apportée.
Or, aujourd’hui, je me questionne à savoir si je suis tombé dans mon propre piège. J’ai peur de ne lire et de n’écrire ces critiques de livre que pour garder mon rôle auprès de ceux qui croient en moi. Je regarde ma démarche et je me demande si ce n’est pas une façon trop simple de voir le monde. Je ne veux pas être cet idiot qui proclame avoir découvert le secret d’une vie balancée alors qu’il met tous ses fruits dans un seul panier. Connais-toi toi-même, disait l’inscription de Delphes. C’est ce que je tente de faire.
Voilà ce que la lecture de tes écrits a fait naître en moi: la réalisation que mon salut se cache dans la réinvention.
Je suis quelqu’un qui aime la sécurité. J’aime savoir ce qui m’attend. Ce n’est pas un hasard si j’ai choisi la physique comme premier champ d’étude: j’aime la certitude que me procure une équation. Or, je n’ai pas aimé ce que j’ai découvert une fois que j’ai pénétré loin dans l’antre des connaissances scientifiques modernes: plus on creuse, plus on réalise que tout tient en fait au hasard (c’est la physique quantique qui nous l’apprend).
L’auto-destruction et l’auto-sabotage sont des moyens excellents pour prédire le futur. Or, cela demande du courage de garder espoir qu’il nous arrivera quelque chose de bien quand rien ne semble certain.
Quand je me suis lancé dans la lecture de tes œuvres complètes, j’étais certain que j’y trouverais quelque chose. Je le savais pour l’avoir vécu assez souvent auparavant au fil de mes lectures. En effet, je ne me suis pas trompé. Il y a quelque chose qui a résonné en moi au fil de cette lecture qui me rappelait ce sentiment que j’ai eu une fois que j’ai terminé la Bible. Je sentais une transformation prendre place en moi.
Voici donc une critique rapide de tes œuvres, du moins d’Alcibiade à Phédon, où je suis présentement rendu.
Je recommande à tous les intéressés et curieux de lire autant de ton œuvre que leur temps de concentration leur permettront. Au même niveau d’importance que la Bible et le Coran, je dirais que tes écrits sont sacrés. Or, la notion du sacré, à mon sens, traite nécessairement de ce qui est divin, et il y a cette particularité dans ton œuvre qui est que, bien que tu parles des dieux et des mythes, en rendant souvent hommage à Homère, il n’est pas question de magie. Tout s’explique. Ton œuvre est on-ne-peut-plus terre à terre, ce qui cadre bien avec cette image de la ciguë qui figure en page couverture de l’édition que j’ai présentement entre les mains.
Qu’est-ce donc qui rend ton œuvre si divine? Si l’on se fiait aux notes que j’ai prises au fil de mes lectures, on serait peut-être tenté de dire que c’est le fait que tu définis des idées qui serviront de guides pour l’humanité entière, comme les étoiles qui brillent dans le ciel aujourd’hui comme à ton époque. Or, je crois que ton apport va encore bien plus loin que cela.
Ce que ton œuvre est réellement, selon moi, c’est un exemple fort et inoubliable d’une démarche menant au savoir. Tu nous enseigne, non, tu nous montres comment enrayer l’ignorance. Par le dialogue, par la réflexion, honnête et sans détour, cette quête qui nous permet de trouver ce que l’on ne saurait chercher. Même en simulant ce dialogue, je vis cette énergie en moi. Je n’ai pas l’impression de m’adresser à un public anonyme. Je m’adresse à quelqu’un que je respecte, ce qui me donne doublement envie de m’appliquer à la tâche afin d’en profiter au maximum. J’ai du plaisir à écrire ces réflexions, et j’ai l’impression de faire du bon travail, un travail honnête.
Tous les cas de figure sont là, dans ton œuvre. De la belle découverte, jusqu’à la discussion qui se termine en queue de poisson sans qu’on n’y ait rien appris. Tu nous enseignes à traiter chaque échange comme s’il pouvait être celui qui contient la clé à toutes nos questions les plus profondes. Tu nous fait la démonstration de la force du respect entre deux humains, ce levier qui nous permet d’aller plus loin et d’avancer plus sûrement dans la vie. Tu dis:
(p. 107) Lorsque l’on chemine à deux, on va plus loin sur la route.
Or, c’est en travaillant le dialogue qu’on maximise nos chances de cheminer à deux, à trois, à quatre, … jusqu’à 5096, et plus loin encore!
J’aime penser que tous les auteurs que j’ai lus jusqu’à maintenant sont, au fond d’eux-mêmes, des maîtres avec un savoir à transmettre. Or, de tous les maîtres que j’ai eus, tu seras peut-être le plus essentiel de tous. Tu m’as rappelé le bonheur que peut apporter une discussion entre gens curieux, parfois perdus, mais parce qu’ils savent se respecter, ne sont jamais seuls.
Je donne peut-être l’impression que tu m’as transmis seulement un état d’esprit, mais j’irais encore un peu plus loin que cela. Tu m’as appris quelque chose de fondamental par rapport aux sophismes, ces raisonnements fautifs qui nous entourent à toutes les époques et nous poussent à prendre des décisions qui ne sont pas toujours alignées avec nos valeurs.
Comme tu l’explique dans l’Euthydème, à la racine des sophismes, il y a une définition ambigüe qui change selon le contexte. J’en conclus que pour enrayer les sophismes autour de nous, la meilleure stratégie à prendre est de définir fermement les mots clés de notre discussion, en commençant par nos objectifs. Par exemple, «apprendre», cela peut vouloir dire plein de choses si on ne prend pas le temps de bien le définir. «Qui sont ceux qui apprennent? Les savants ou les ignorants?» Voilà un exemple de question qui mériterait une définition avant de tenter une réponse. Cela va aussi pour «bon», «mieux», etc.
Je suis quelqu’un qui a tendance a se laisser convaincre par la rhétorique, et donc d’en prendre conscience m’aide à savoir quoi rechercher dans les paroles des gens qui me proposent des façons de penser et d’être. Tu m’as donné envie de développer ce réflexe de m’arrêter et de prendre le temps de bien définir les termes lorsqu’une discussion prend place afin de m’assurer que mon interlocuteur et moi jouons sur le même terrain.
J’aspire à transmettre mon savoir, en suivant ton exemple. C’est pourquoi, pour la première fois, j’ai pris la décision d’écrire cette critique sous forme de dialogue. C’est une action, petite et sans risque, j’en conviens, mais qui me mettra dans tes souliers et m’amènera à apprendre. Car voici ma définition de l’apprentissage, d’apprendre, celle qui guide ma vie depuis quelques années, et que si j’avais à choisir une seule phrase à transmettre à l’humanité qui viendra après moi, serait celle-ci:
Apprendre, c’est prendre une décision différente dans une situation récurrente.
Platon — Tu souhaites donc amener l’humanité à redéfinir ce qu’est le fait d’apprendre, c’est bien ça?
Félix — Oui. Dit comme cela, j’avoue que cette quête pourrait sembler absurde, mais je trouve qu’elle est pleine de sens. Je suis curieux de voir où elle me mènera. Seul le temps sait combien de temps mon objectif tiendra la route, mais pour l’instant je trouve qu’il me permet bien d’avancer et me donne l’impression d’être sur la voie de la vertu.
Platon — …
Félix — Il y a un aspect dont j’aimerais parler, qui m’a pris par surprise pendant que je lisais tes œuvres. On m’arrêtait souvent pour commenter le fait que je «lisais Platon», comme si c’était quelque chose de rare, d’admirable, de surprenant. Ton bouquin de 2200 pages ne passe pas inaperçu, tu peux me croire. Cela m’a fait réfléchir. D’un côté, je m’attendais à ce genre de réaction. Le temps t’a bâti toute une réputation, les gens te connaissent bien avoir t’avoir lu. Peu de gens se promènent avec des milliers de pages sous le bras, c’est hors du commun. C’est normal que ça fasse réagir.
C’est comme si, simplement parce que je tenais l’œuvre de Platon entre mes mains, les gens me vouaient du respect. Cela était flatteur, bien sûr, mais j’étais intrigué. J’essayais de comprendre d’où venait ce respect. Pourquoi, au fond, a-t-on tendance à respecter les gens qui s’instruisent, comme on respecte les gens qui s’entraînent et prennent soin de leur corps? Ce n’est pas mon biceps qu’ils respectaient, si tu vois ce que je veux dire.
Je me posais ces questions parce que, c’était clair, la plupart des gens qui m’arrêtaient pour me faire remarquer que je lisais Platon n’avaient pas la moindre idée des sujets dont tu traites dans ton œuvre. À moins qu’ils se moquaient de moi alors que j’étais trop ignorant pour m’en rendre compte… Or, l’habit ne fait pas le moine. J’aurais pu me promener avec ce bouquin énorme simplement pour faire parler les gens autour de moi. Bon, cela aurait été apparent à quelqu’un de moindrement érudit si je n’avais pas réellement lu ton œuvre, et j’aurais été rapidement démasqué en tant qu’imposteur. Reste que cette impression m’a marqué. Je me disais, je ne fais rien d’extraordinaire ici. Au contraire, je me sens comme en rattrapage. Lire me fait du bien, il n’y a rien de courageux là-dedans, il me semble.
Je crois que cela s’attache à ce que je disais plus tôt, cette notion de rôle que je me suis donné. Quand je déambulais des les corridors de mon employeur, ou dans le métro, ou n’importe où d’autre, j’avais l’impression de jouer un personnage, une caricature de moi-même. Me voici, celui qui passe son temps à tenter de convaincre les gens qui l’entourent de lire plus souvent, équipé de ma propre brique de lecture. Je ne savais pas toujours sur quel pied danser.
Platon — …
Félix — Je sens ta présence faiblir, comme si tu étais plus distant. Peut-être est-ce donc le temps de se dire au revoir pour cette fois, jusqu’à la prochaine fois où nous nous rencontrerons. Je garde ton livre puisque je ne l’ai pas terminé, dans l’attente de me retrousser les manches et recommencer. Cela prendra du temps, toutefois. J’ai l’intention de mettre les bouchées doubles pour finir l’écriture de mon livre, Apprendre sans anxiété, et cela sera ma priorité ultime jusqu’à l’an prochain. Enfin, j’ai besoin de me rafraîchir l’esprit avec d’autres lectures, car bien que ton œuvre soit très large et variée, j’avais parfois envie de changer d’air.
J’ai fait preuve de beaucoup d’indulgence envers moi-même en écrivant cette «critique». En quelque sorte, j’ai repris cet esprit que tu semblais avoir en écrivant Parménide, ce texte qui traitait entre autres de l’Un comme le Coran parlait de Dieu unique. Parfois les idées importantes méritent qu’on prenne des détours pour arriver à destination, et c’est pour moi que j’ai écrit cette critique, au fond.
Peut-être que cette critique vieillira comme le Cratyle, c’est-à-dire qu’elle ne sera pas accessible à un public distant (peut-être aurais-je mieux compris certaines de tes réflexions si je parlais couramment le grec). J’espère tout de même qu’elle t’a plu.
À tous ceux rassemblés ici qui nous écoutent toujours, je leur recommande sincèrement de plonger et d’aller explorer eux-même l’œuvre de Platon. Je ne peux pas vous dire exactement ce que vous y trouverez, mais je serais tenté de dire que vous y trouverez votre esprit. Comme disent les anglais, «I lost my mind», c’est peut-être dans les mots de Platon qu’elle se cache si c’est votre cas. Ma recommandation est plus égoïste qu’autre chose: j’espère que vous me ferez part de ce que vous y avez appris si vous prenez le temps de plonger dans ces textes anciens mais toujours d’actualité. Certains bouts sont plus arides que d’autres, mais rien n’est inutile. Tout est matière à apprendre chez Platon.
J’ai eu le bonheur d’organiser une lecture de Lachès avec mes collègues au travail. Selon moi, l’œuvre de Platon brille de son plein feu lorsqu’elle est partagée, analysée et digérée en groupe. Car, au fond, ce qu’il y a de plus important, pour l’atteinte de la vertu, du bon, et de toutes ces choses que l’on désire, c’est de garder le dialogue vivant.
Un merci spécial à Luc Brisson d’avoir assemblé cette édition traduite habilement avec une introduction à chaque texte, et plusieurs annexes faciles à naviguer de surcroît. C’était un plaisir de découvrir cette œuvre immense dans son contexte.
Platon — Je suis content de l’entendre. À la prochaine fois.
Le verdict de Félix:
👍👍
👍👍
Citations qui méritent qu’on en discute (peut-être dans notre prochaine rencontre)
- (p. ix) Pour son temps, et pour le nôtre, Platon propose l’exercice d’une pensée autonome à l’intérieur d’une communauté humaine qui ne doit pas reposer sur le conflit permanent.
- (p. x) Platon […] considère que le but de l’existence est de s’assimiler à la divinité par la recherche du savoir tendu vers un Bien unique.
- (p. xviii) Socrate ne pratique pas la réfutation pour le plaisir de
réfuter et donc de faire honte au répondant, mais pour rendre, par
ce sentiment de honte, son interlocuteur meilleur.
- [Socrate] se considère comme un cadeau envoyé par les dieux à ses concitoyens: il purifiera leur âme des illusions et des opinions fausses qu’elle recèle à leur insu.
- (p. 15) (Socrate): «Si tu n’entends pas de toi-même que le juste est l’avantageux, ne le crois pas d’un autre qui te le dirait.»
- (p. 20) (moi qui pense) Ceux qui savent qu’ils ne savent pas et s’en remettent à ceux qui savent ne contribuent pas au mal («les erreurs dans l’action sont causées par cette ignorance qui est de croire savoir ce que l’on ne sait pas[.] […] C’est cette ignorance qui est la cause de ce qui est mal, c’est elle qui est répréhensible.
- (p. 26) L’inscription de Delphes: «Connais-toi toi-même.»
- (p. 62) (Pensée qui me vient en lisant Alcyon) Changer une femme en oiseau semble impossible et absurde, mais c’est le cas de toute chose qui dépasse notre entendement. Nous devons garder notre esprit ouvert: nous en savons encore trop peu sur le monde pour déclarer hors de tout doute que quelque chose est impossible.
Apologie de Socrate
-
(p. 71) (Pensée) Par sa curiosité et humilité, Socrate indispose les ignorants puissants qui prétendent savoir. Il leur fait vivre la honte. En retour, ils le détestent se et vengent.
- «Même si je me rendais bien compte, non sans chagrin ni crainte, que je me faisais des ennemis, je me croyais malgré tout obligé de mettre au-dessus de tout l’affaire dans laquelle m’avait impliqué le dieu.»
-
(p. 71) (Pensée) Socrate est accusé de ne pas reconnaître les dieux traditionnels, de promouvoir de nouvelles divinités et de corrompre la jeunesse: «Socrate est coupable de mener des recherches inconvenantes sur ce qui se passe sous la terre et dans le ciel, de faire de l’argument le plus faible l’argument le plus fort et d’enseigner à d’autres à en faire autant.»
-
(p. 70) Raisonnement de Socrate qui le mène à être condamné: 1.
- Chéréphon ose consulter l’oracle à Delphes (c’est pour cette raison que Socrate produit comme témoin le dieu de Delphes, car Chéréphon est mort) pour lui demander s’il pouvait exister quelqu’un de plus savant que Socrate. La Pythie répond que non.
- Socrate réfléchit: «J’ai bien conscience de n’être savant ni peu ni prou. Que veut donc dire le dieu, quand il affirme que je suis le plus savant? Il ne peut mentir, car cela ne lui est pas permis.»
- Socrate va chercher ceux qui passent pour être des savants en espérant réfuter la réponse oraculaire et répondre à l’oracle: «Cet individu-là est plus savant que moi, alors que tu as déclaré que c’est moi qui l’étais.» L’homme que Socrate va chercher est un homme politique.
- Socrate constate que l’homme croyait savoir, alors qu’il n’en était rien. Cela l’amène à tenter de lui démontrer que l’homme s’imaginait savoir quelque chose alors que ce n’était pas le cas.
- Socrate s’attire l’inimitié de l’homme «savant» et celle de plusieurs gens qui assistent à la scène.
- Socrate conclut: «Je suis plus savant que cet homme-là. En effet, il est à craindre que nous ne sachions ni l’un ni l’autre rien qui vaille la peine, mais, tandis que, lui, il s’imagine qu’il sait quelque chose alors qu’il ne sait rien, moi qui effectivement ne sais rien, je ne vais pas m’imaginer que je sais quelque chose. En tout cas, j’ai l’impression d’être plus savant que lui du moins en ceci qui représente peu de chose: je ne m’imagine même pas savoir ce que je ne sais pas.»
- Socrate continue sa route en cherchant quelqu’un avec la réputation d’être encore plus savant que le précédent. Son impression est la même. Nouvelle occasion de s’attirer l’inimitié de l’homme et des autres.
- Socrate devient persuadé qu’il ne pourra pas réfuter la réponse de l’oracle. «Ceux qui avaient la réputation la meilleure m’apparurent […] être, à peu d’exceptions près, les plus démunis, tandis que d’autres, qui passaient pour valoir moins, m’apparurent être des hommes mieux pourvus pour ce qui est du bon sens.»
-
(p. 89) Dans chaque situation périlleuse, il y a bien des moyens d’échapper à la mort, si l’on ose faire et dire n’importe quoi. Mais attention, citoyens, il est moins difficile d’échapper à la mort qu’à la méchanceté.
-
(p. 93) (Intro Axiochos) Pourquoi il ne faut pas redouter la mort:
- l’homme est son âme, et son enveloppe corporelle n’est source que de misères
- la vie, remplie de misères, ne vaut pas la peine qu’on s’y attache; aussi les dieux se hâtent-ils d’en libérer ceux qu’ils chérissent.
- la mort ne peut affecter ni les vivants, car elle n’existe pas encore pour eux, ni les morts qui n’existant plus ne ressentent plus rien.
-
(p. 104) (Intro Banquet) Socrate […], par ses questions, fait accoucher le disciple des opinions ou des savoirs qu’il portait en lui.
-
(p. 114) Prise en elle-même, une action n’est ni belle ni honteuse. Lorsqu’elle est accomplie avec beauté et dans la rectitude, une action devient belle, et lorsque la même action est accomplie sans rectitude, elle devient honteuse.
- (p. 427) (Pensée, lien avec p. 114) L’homme qui doit, à juste titre, être honni, banni, anéanti, c’est […] l’homme qui s’est mal servi de son art, mais pas celui qui fut son maître.
-
(p. 127) Aux yeux d’une homme de bon sens, un petit nombre de gens avertis est plus à craindre qu’un grand nombre de gens qui ne le sont pas.
-
(p. 127) (Pensée sur le Banquet) Le Banquet est une démonstration qu’on peut validement défendre son point de vue de façons différentes. Tous les personnages font un éloge valide d’Éros, ils se complètent.
-
(p. 139) Diotime: «Tout ce qui est cause du passage du non-être vers l’être pour quoi que ce soit, voilà en quoi consiste la fabrication (poiesis); aussi les ouvrages réalisés par tous les arts sont-ils des fabrications (poieseis), de même que les artisans qui les réalisent sont tous des fabricants (poietai).»
- Justement, quand je lis, en particulier quand je lis Platon, je me sens en fabrication. Je suis l’ouvrage de Platon?
-
(p. 139) Diotime: «La possession de choses bonnes, c’est ce qui explique que les gens heureux sont heureux.»
- (Pensée) Ceci nécessite de connaître la définition d’une chose bonne. De nos jours, nombreux sont ceux qui possèdent tout ce qui se procure et mènent une existence vide de sens et de vertu.
- (Pensée) Est-ce à dire que les «choses bonnes» ne sont pas des choses qui se procurent?
-
(p. 143) Diotime: «Dans la recherche de la renommée et le désir de s’assurer pour l’éternité une gloire impérissable, pour atteindre ce but, les humains sont prêts à prendre tous les risques, plus encore que défendre leurs enfants.»
- (Pensée) L’accouchement de l’âme serait-il plus précieux que l’accouchement du corps?
-
(p. 145) Diotime: La droite voie qu’il faut suivre dans le domaine des choses de l’amour ou sur laquelle il faut se laisser conduire par un autre: c’est en prenant son point de départ dans les beautés, d’ici-bas pour aller vers cette beauté-là, de s’élever toujours, comme au moyen d’échelons, en passant
- d’un seul beau corps à deux
- de deux beaux corps à tous les beaux corps
- de beaux corps aux belles occupations
- des occupations vers les belles connaissances qui sont certaines
- des belles connaissances qui sont certaines vers la connaissance
qui constitue le terme, c’est-à-dire la science du beau lui-même
dans le but de connaître finalement la beauté en soi.
- C’est à ce point de la vie […] que se situe le moment où, pour l’être humain, la vie vaut d’être vécue, parce qu’il contemple la beauté en elle-même.
-
(p. 158) [Après le Banquet (la fin du texte)], «Socrate se rendit au Lycée, se lava et passa le reste de la journée comme s’il s’agissait de n’importe quelle autre journée.
- (Pensée) Parce que pour Socrate ce banquet était la norme! Chaque jour pourrait être un banquet.
-
(p. 171) La fabrication est autre chose que l’action et le travail […]. Un objet fabriqué mérite parfois le blâme, lorsqu’il ne s’accompagne pas de beauté, tandis que le travail ne mérite jamais le blâme.
- (Pensée) Le Cratyle me fait penser à cette vérité.
-
(p. 180) (Pensée en lisant Charmide) La sagesse est, selon moi, la capacité à apprendre de ses erreurs.
-
(p. 207) (Pensée en lisant Cratyle) J’aime quand Socrate dit, avant de poursuivre sa réflexion: «Prends garde que je ne t’induise en erreur de quelque façon.»
-
(p. 217) (Pensée) J’aimais la démonstration de Socrate qu’Hadès est un dieu bien, les âmes choisiraient de rester auprès de lui, car elles deviennent meilleures.
-
(p. 271) (Intro Criton) Concernant les affaires importantes touchant le corps ou l’âme, un expert doit être consulté et non le grand nombre.
-
(p. 289) (Définitions) Courage: état d’âme qui ne se laisse pas ébranler par la crainte. […] capacité de ne pas se laisser aller à la lâcheté sous l’effet de la terreur que fait naître l’épreuve de la guerre; état de fidélité constante à la loi.
-
(p. 289) (Pensée) Les définitions sont des lois, en quelque sorte.
-
(p. 290) Libéralité: état qui mène à s’enrichir en respectant les règles; équilibre convenable en ce qui concerne ses biens entre dépense et épargne.
-
(p. 292) Don: échange de bienfaits
- (Pensée) Un don est un échange?
-
(Pensée) J’ai aimé que Platon définisse ses termes importants,
-
(p. 297) (Questions intéressantes dans l’intro de Démodocos)
- Peut-on condamner quelqu’un en ne prêtant l’oreille qu’à son accusateur?
- Quand quelqu’un n’a pas su persuader un tiers de lui prêter de l’argent, qui a tort, celui qui demande ou celui qui refuse?
- À qui vaut-il mieux se fier, à des inconnus ou à des parents et à des familiers?
-
(p. 334) (Intro Éryxias) Être riche, c’est posséder beaucoup de biens. Il s’agit là d’une condition nécessaire, mais non suffisante. Encore faut-il que ces biens soient utiles, qu’ils servent à quelque chose. Mais si l’on peut subvenir aux nécessités de la vie sans faire intervenir ce que l’on considère comme des richesses, de l’or et l’argent par exemple, alors il faut conclure que l’or et l’argent ne sont pas des richesses.
-
(p. 345) (Texte Éryxias) Se peut-il qu’une chose mauvaise serve à la réalisation d’une chose bonne?
- (Pensée) À mon avis, c’est possible.
-
(p. 350) Ceux qui possèdent beaucoup de richesses sont aussi, nécessairement, ceux qui éprouvent beaucoup de besoins relativement à l’entretien de leur corps, car c’est ce qui sert à atteindre ce but qui s’est révélé être la richesse. Dès lors, forcément, les gens les plus riches nous paraissent être ceux qui se trouvent dans l’état le plus misérable, s’il est vrai du moins qu’ils manquent de tant de choses servant à atteindre ce but.
-
(p. 375) (Pensée, Texte Euthydème) Aucun objet n’est une fin en soit.
-
(p. 388) (Pensée) Le sophiste ne cherche pas la vérité. Il choisit ce qui l’arrange.
-
(p. 394) ⭐ Il faut chérir l’homme, quel qu’il soit, quoi qu’il dise, qui fait de la pensée son domaine de recherche et qui s’applique, courageusement, par ses efforts, à exprimer jusqu’au bout ce qu’il pense.
- (Pensée) Les conspirationnistes, là-dedans
-
(p. 415) (Intro Gorgias) La rhétorique, qui n’est pas un art ou une technique mais un savoir-faire, une routine ayant pour but de séduire ses auditeurs par le discours—elle se situe du côté de la flatterie dont la fin est le plaisir.
-
(p. 425) La rhétorique est […] productrice de conviction; elle fait croire que le juste et l’injuste sont ceci et cela, mais elle ne les fait pas connaître.
-
(p. 426) Exemple de comment la rhétorique peut être plus puissante pour sauver la vie que la médecine (argument séduisant p. 430: «Il n’y a aucun art à apprendre, sinon un seul, la rhétorique, et on n’est pas moins fort qu’un spécialiste.»):
- «Je suis allé, souvent déjà, avec mon frère, avec d’autres médecins, visiter des malades qui ne consentaient ni à boire leur remède ni à se laisser saigner ou cautériser par le médecin. Et là où ce médecin était impuissant à les convaincre, moi, je parvenais, sans autre art que la rhétorique, à les convaincre.
-
(p. 433) (Socrate) La rhétorique n’est pas un art, c’est le savoir-faire de gratifier, de faire plaisir.
-
(p. 441) (Socrate) S’il était nécessaire soit de commettre l’injustice soit de la subir, je choisirais de la subir plutôt que de la commettre.
- (Pensée) Et il l’a prouvé dans son procès.
-
(p. 453) «Le bonheur n’est pas, semble-t-il, d’être délivré ud mal, mais il consiste plutôt à ne pas subir de mal.»
- (Pensée) Je crois que le Dalaï-Lama prône l’opposé de cela. Qui vais-je croire aujourd’hui?
-
(p. 453) Le plus heureux des hommes est […] celui qui n’a aucun vice en son âme, puisque c’est le vice qui nous a paru être le pire des maux. Puis, l’homme qui vient en second pour le bonheur est sans doute celui qu’on délivre de son mal […], c’est-à-dire, l’homme qui se soumet aux reproches, aux châtiments et qui est justement puni. En revanche, l’homme qui vit le plus mal est l’homme qui garde son injustice et qu’on ne délivre pas de son mal.
-
(p. 455) Il ne faut pas chercher à cacher la faute commise, il faut la mettre en pleine lumière, c’est le seul moyen pour être puni et redevenir sain.
-
(p. 456) Si on veut faire du mal à [l’ennemi], il faut s’arranger par tous les moyens, paroles et actes, pour qu’il ne soit pas puni et n’ait pas à aller devant le juge. Et, s’il y va quand même, il faut trouver le moyen pour que cet ennemi personnel puisse échapper à la punition.
- (Pensée) Quand on permet à quelqu’un de ne pas avoir à répondre de ses actes, ’est là qu’on lui inflige le plus grand mal.
-
(p. 500) Les sophistes qui, par ailleurs, sont de savants hommes, réussissent à faire cette chose étrange: ils prétendent enseigner la vertu mais accusent leurs disciples d’avoir mal agi envers eux, de les spolier de leur salaire, de ne pas leur donner toute la reconnaissance qui leur est due; bref, ils se plaignent de n’être pas bien traités par leurs propres disciples. Or, quelle chose serait plus illogique que le raisonnement suivant: un homme est devenu bon et juste grâce à l’enseignement d’un maître qui l’a dépouillé de toute son injustice, et, dès qu’il est en possession de la justice, voilà qu’il fait preuve d’injustice à l’égard de son maître en se servant d’une chose qu’il n’a plus: l’injustice! Cela ne te paraît-il pas bizarre, mon ami?
-
(p. 506) Tout être qu’on punit et auquel on inflige le châtiment qu’il faut mérite de s’améliorer et de tirer profit de sa peine; ou sinon, qu’il serve d’exemple aux autres hommes, lesquels, en le voyant subir les souffrances qu’il subit, prendront peur et voudront devenir meilleurs.
-
(p. 535) (Pensée sur Hippias Majeur) Ce texte est un bon exemple de faire l’avocat du diable tout en flattant l’égo de notre correspondant grâce à la rhétorique
- Hippias: «Moi, je ne discuterais pas avec un homme qui pose de telles questions.»
- Socrate: «Et avec raison, mon ami. Il ne conviendrait pas que tu te salisses de tels mots, toi qui es si bien vêtu, si bien chaussé et célèbre pour ton savoir dans toute la Grèce. Mais moi, cela ne me fait rien de me mêler à cet homme.»
-
(p. 579) (Ion) Illustration de ce que dit Socrate, la puissance du dieu qui passe au travers des anneaux suspendus l’un à l’autre:
- dieu
- poète
- acteur / rhapsode
- spectateur
-
(p. 613) (Lettre II) La plus grande sauvegarde, c’est de ne pas écrire, mais d’apprendre par cœur, car il est impossible d’empêcher ce qui est écrit de tomber dans le domaine public.
- (Pensée) Cela me surprend, car je valorise les écrits qui traversent le temps.
-
(p. 613) «Cette lettre que tu viens de recevoir, après l’avoir lue plusieurs fois, brûle-la.»
- (Pensée) Oups?
-
(p. 656) (Lettre VII, passage rephrasé) Même l’homme sensé, lorsqu’il écrit, paralyse et rend infirmes les choses qu’a contemplées son intellect et les afflige des déficiences du langage qu’il a choisi.
-
(p. 681) (Les Lois, introduction) Le but principal de la pensée comme de l’action politique est l’acquisition tout entière de la vertu par la cité tout entière.
-
(p. 681) La politique doit […] se préoccuper de l’éducation du citoyen, qu’il faut convaincre d’obéir aux lois avant que de l’y forcer.
-
(p. 699) Il arrive que l’éducation apporte aussi la victoire, tandis que parfois la victoire conduit à l’absence d’éducation. Oui, ils sont nombreux ceux qui rendus plus insolents par des victoires à la guerre, ont été infectés par des milliers d’autres maux du fait de cette insolence.
-
(p. 711) «Pour nous, un homme dépourvu d’éducation sera celui qui ne fait pas partie d’un choeur, alors qu’il faut reconnaître comme un homme éduqué celui qui a, comme il convient, fait partie d’un choeur.
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(p. 711) L’homme qui a reçu une bonne éducation sera en mesure de chanter et de danser de belle manière.
-
(p. 751) L’injustice est le rejeton de l’insolence.
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(p. 776) Pour un homme de bien comme pour un dieu, recevoir des présents de mains souillées ne saurait être droit.
- (Cela me fait penser à Tyson)
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(p. 787) Il mérite qu’on lui décerne des honneurs celui qui n’est coupable d’aucune injustice, mais celui qui ne laisse pas les gens injustes commettre l’injustice, celui-là mérite plus que deux fois plus que le précédent qu’on lui décerne des honneurs. Car le premier ne vaut qu’un homme, alors que le second vaut un grand nombre d’autres hommes.
-
(p. 857) De toutes les bêtes sauvages, c’est l’enfant qui est la bête la plus difficile à manier. Parce que la source de la réflexion n’est pas encore disciplinée en lui, il est une bête rusée, astucieuse, la plus insolente de toutes.
-
(p. 863) (Pensée) Si tous les citoyens (hommes et femmes) sont éduqués à manier les armes, la cité est mieux préparée à affronter une attaque surprise. C’est une meilleure utilisation des ressources, nos ressources.
- (Pensée) Le savoir bénéficie le grand nombre quand il est distribué, car la majorité des gens sont bons et l’utiliseront pour faire le bien. (Parallèle avec enseigner à utiliser l’IA) Mais Platon n’est pas d’accord, voir Démodocos p. 304
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(p. 875) La première condition d’une vie heureuse c’est de ne pas se faire à soi-même d’injustice et de ne point en subir de la part d’autrui.
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(p. 875) Ce n’est pas en temps de guerre que chacun doit s’entraîner à la guerre, mais en temps de paix.
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(p. 883) Ce qui est dans le besoin est l’ami de ce qui est riche, même s’ils sont de genre contraire.
- (Vraiment??)
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(p. 988) La recommandation la plus juste et la plus importante est la suivante: se mettre, dans sa vie, à la poursuite d’une bonne réputation quand on est réellement un homme de bien, mais jamais avant de l’être, du moins si l’on cherche à devenir un homme accompli.
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(p. 1048) (Ménexène) Tout voir de son vivant réussir à son gré, ce n’est pas chose facile pour un mortel.
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(p. 1084) (Pensée) Quelle est la distinction entre les prophètes, les poètes et les oracles? Ont-ils tous l’inspiration divine?
-
(p. 1110) Le cheveu […] est sans aucune valeur ou sans importance […].
- Go les chauves!
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(p. 1156) (Parménide) «Oui, chaque partie participera de l’un, car il est clair que cette partie est autre chose que l’unité; si tel n’était pas le cas en effet, elle n’aurait point part à l’unité, et serait elle-même une. En fait, être un, cela est impossible pour un un sauf pour l’un lui-même, je suppose.»
- (Pensée) Remplace «un» par «Dieu» et tu obtiens l’islam.
-
(p. 1162) Ce qui est inégal n’est-ce pas à quelque chose d’inégal qu’il est inégal?
- (1 != 2) != (2 != 3)
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(p. 1171) (Intro Phédon) Philosophie et mort travaillent de la même façon, en délivrant l’âme de ce qui la cloue à un corps qui ne tient pour réel que ce qui est sensible, pour bon que ce qui est agréable, et qui plonge dans un monde en perpétuel devenir où toute unité se révèle multiple et toute valeur relative.
-
(p. 1179) (Phédon texte) Un homme qui a réellement passé toute sa vie dans la philosophie est, quand il va mourir, plein de confiance et d’espoir que c’est là-bas qu’il obtiendra les biens les plus grands, une fois qu’il aura cessé de vivre.
- (Pensée) Peut-on pleinement aimer sa vie, alors? Si les plus grands biens s’obtiennent quand on cesse de vivre, pourquoi ne pas souhaiter mourir?
-
(p. 1183) Ceux qui philosophient droitement s’exercent à mourir, et il n’y a pas homme au monde qui ait moins qu’eux peur d’être mort.
- (Pensée) Je crois qu’il faut nuancer cette idée, car telle que formulée on pourrait conclure que ceux qui se suicident sont les plus grands philosophes. Or, Socrate a bu la cigüe, mais c’était une exécution, pas un suicide. Socrate ne fuyait pas ses problèmes.
-
(p. 1193) (Pensée) Beauté = Connais-toi toi-même («Qu’est-ce que le beau?»)
-
(p. 1204) Les humains, à cause de la peur qu’ils ont de la mort, calomnient même les cygnes, en disant «Ils se lamentent sur leur mort, c’est la douleur qui inspire leur dernier chant»; sans réfléchir qu’aucun oiseau ne chante quand il a faim, quand il a froid, quand il souffre d’une peine quelconque, pas même le rossignol, ni l’hirondelle, ni la huppe, eux dont le chant serait, à ce qu’on raconte, une lamentation inspirée par la souffrance.
-
(p. 1236) «Il doit avoir confiance en ce qui regarde son âme, l’homme qui, sa vie durant, a congédié les plaisirs que le corps procure comme tout ce qui sert à le parer et l’arranger, envoyant promener tout cela comme autant de préoccupations qui lui sont étrangères et dont il pense qu’elles sont finalement plus de mal que de bien. Au contraire, les plaisirs et les soins liés au fait d’apprendre, c’est à eux qu’il a consacré tous ses efforts; l’arrangement qu’il a donné à son âme, ce n’est pas une parure étrangère, c’est son arrangement à elle—j’entends par là modération, justice, courage, liberté, vérité. C’est ainsi qu’un tel homme attend calmement son voyage vers l’Hadès, prêt à le faire quand le destin l’appellera. Pour chacun d’entre vous, […] ce voyage est remis à plus tard, à un moment qu’on ne connaît pas. Mais moi [Socrate], pour parler comme un personnage de tragédie, c’est maintenant, déjà, que le destin m’appelle! D’ailleurs, ce doit être à peu près l’heure de prendre mon bain; car j’aime mieux m’être lavé avant de boire le poison, pour ne pas donner aux femmes la peine de laver un cadavre.»
📚 Vocabulaire
- admonestation (p. 786): remontrance sévère; réprimande.
- aliquante (une partie) (p. 1149): qualifie des fractions d’un tout qui multipliées ne sont pas exactement contenues dans un tout (par exemple, 5 est une partie aliquante de 12, car 52=10<12 et 53=15>12)
- aliquote (une partie) (p. 1149): une partie prélevée d’un volume ou d’une masse initiale, puis utilisée dans un essai de laboratoire, et dont les propriétés physiques et chimiques, ainsi que sa composition, représentent celles de la substance originale.
- asservissement (p. 786): action de réduire un peuple en servitude.
- attenant (p. 661): adjacent.
- austère (p. 691): qui se montre sévère pour soi, se prive. Dur, rigoureux, sans plaisirs.
- avidité (p. 512): désir ardent et immodéré de quelque chose.
- bachique (être pris de transports bachiques) (p. 576): qui évoque une bacchanale (fête tournant à l’orgie) qui célèbre le vin et l’ivresse.
- censitaire (suffrage) (p. 757): système dans lequel le droit de vote est réservé aux contribuables versant un montant minimal d’impôts.
- chamarré (p. 571): orné d’ornements éclatants.
- choreute (p. 105): Choriste dans le théâtre grec.
- chorégie (p. 675): réunion de chorales en vue de festivités
- commensurable (p. 869): se dit de deux ou plusieurs grandeurs qui sont chacune des multiples entiers d’une autre grandeur.
- concourir (p. 22): tendre à un même effet, à un même but; contribuer à.
- dialecticien (p. 204): personne qui pratique la dialectique.
- dialectique (p. 204): (du grec, dialektikê, art de discuter) Chez Platon, démarche permettant de remonter, par une suite de distinctions, jusqu’au vrai, jusqu’aux idées; art de bien conduire le dialogue, la discussion. Chez Aristote, raisonnement à partir d’opinions communes.
- Dionysos (p. 110): Le dieu de la vigne, du vin, de la fête et de ses excès.
- dissesion (p. 688): division profonde de sentiments, d’intérêts, de convictions.
- dithyrambe (p. 71): Cantique consacré à Dyonisos. Éloge enthousiaste, souvent exagéré.
- démiurge (p. xx): Nom donné par les platoniciens au dieu qui crée le monde, constitue les êtres. C’est un être identique et/ou complémentaire à l’être que les platoniciens appellent l’esprit. Littéraire: Personne qui crée quelque chose d’important.
- engeance (p. 827): catégorie de personnes méprisables ou détestables.
- epistêmê (p. 250): (grec) savoir
- exhortations (p. 187): paroles par lesquelles on exhorte (inciter, encourager par ses paroles)
- exorde (p. 782): entrée en matière d’un discours; introduction.
- exégète (faire preuve de) (p. 571): Spécialiste de l’interprétation d’un texte en se fondant notamment sur des bases philologiques; commentaire. Celui qui établit selon les normes de la critique historique et scientifique, le sens d’un texte, particulièrement de la Bible.
- fantassin (p. 808): militaire de l’infanterie
- faon (p. 163): petit de la biche et du cerf, ou d’espèces voisines.
- fourrage (p. 512): matière végétale fournie par des prairies naturelles, des plantes cultivées ou des arbres, servant à l’alimentation des animaux domestiques.
- gloriole (p. 653): vaine gloire tirée de petites choses.
- gourmander (p. 765): réprimander sévèrement; sermonner.
- haranguer (p. 457): adresser un discours prononcé devant une assemblée, des troupes, etc.
- hellène (p. 62): De la Grèce ancienne
- hellénistique (p. xv): Se dit de la période de la civilisation grecque allant de la conquête d’Alexandre (-331) à la domination romaine (-31)
- hilotie (p. 827): état de servitude, de déchéance ou d’asservissement d’un groupe social ou d’un individu.
- hippique (p. 715): relatif aux chevaux.
- hoplite (p. 765): fantassin (militaire de l’infanterie) lourdement armé.
- hoplitique (p. 30): (adj) fait référence à l’organisation, l’équipement et la stratégie militaire des hoplites dans la Grèce antique.
- hédonisme (p. 232): doctrine philosophique attribuée à Aristippe de Cyrène selon laquelle la recherche de plaisirs et l’évitement de souffrances constituent le but de l’existence humaine. (Platon rejette l’identification du bien au plaisir, estimant que la justice et la vérité doivent primer sur les sensations agréables.)
- héraut (p. 879): messager chargé de porter les ordres du prince, de faire les annonces dans les assemblées et de déclarer la guerre.
- impavidité (p. 805): absence de peur, d’inquiétude
- imprécation (p. 51): Malédiction proférée contre quelqu’un
- impudence (p. 512): cynisme, insolence
- impudent (p. 295): qui manifeste une effronterie, une audace éhontée.
- impétuosité (p. 70): fougue, ardeur; élan, exaltation.
- inimitié (p. 71): Sentiment durable d’hostilité; anthipathie.
- intellection (p. 656): activité de l’intellect.
- invectiver (p. 161): dire des invectives (paroles violentes et injurieuses)
- laie (p. 616): Femelle du sanglier.
- larcin (p. 899): petit vol sans effraction et sans violence.
- libation (p. 103): Dans l’Antiquité, offrande rituelle à une divinité d’un liquide (vin, huile), que l’on répandait sur le sol ou sur un autel.
- loisible (p. 900): permis (de faire), ancien français loisir.
- marâtre (p. 972): belle-mère.
- misanthrope (p. 1209): aversion pour le genre humain.
- misologie (p. 1209): mot formé à partir du grec misos («la haine»), et logos (ici, «la raison»), d/signe la «haine du logos», c’est-à-dire le dégoût ou la répulsion qu’un individu peut éprouver pour les raisonnements de la logique formelle.
- Mnémosyne (p. 258): Titanide, déesse de la Mémoire
- mors (p. 603): Pièce métallique fixée à la bride et passée dans la bouche du cheval sur les barres, qui permet de le conduire.
- mède (p. 755): relatif aux Mèdes de la Médie (ancienne région d’Iran)
- nubile (p. 880): se dit d’une fille en âge de se marier, qui est pubère.
- nuitamment (p. 917): de nuit.
- opprobre (p. 644): réprobation publique qui s’attache aux auteurs d’actions condamnables. Cause de honte, déshonneur.
- palinodie (p. 51): Changement complet d’opinion; volte-face. Une pièce de vers dans laquelle l’auteur rétracte ce qu’il a exprimé précédemment.
- Panathénées (p. 1107): festivités religieuses et sociales de la cité d’Athènes.
- pancratiste (p. 353): athlète pratiquant le pancrace (mélange de lutte et de boxe, où tous les coups étaient permis).
- peltaste (p. 662): soldat léger, de l’infanterie grecque, armé d’un bouclier et d’un javelot.
- phratrie (p. 389): Ensemble de plusieurs clans ou tribus (anthropologique). Groupement de familles, subdivision de la tribu remplissant des onctions religieuses et civiles (Grèce antique).
- prosopopée (p. 271): Procédé stylistique par lequel l’orateur ou l’écrivain prête la parole à des être inanimés, à des absents
- prytane (p. 808): premier magistrat, dans beaucoup de cités grecques.
- précellence (p. 805): état d’un être ou d’un objet qui l’emporte par la qualité sur tout autre de même catégorie.
- pseûdos (p. 234): (grec) mensonge.
- pusillanimité (p. 716): Caractère pusillanime; frilosité, qui manque d’audace.
- pâtres (p. 755): bergers.
- pédotribe (p. 1015): (Antiquité) Enseignant de la gymnastique.
- péroraison (p. 131): Dernière partie ou conclusion d’un discours.
- rapacité (p. xv): voracité, avidité, cupidité
- rhéteur (p. 55): En Antiquité, professeur d’art oratoire. Orateur emphatique.
- rhétorique (p. 55): Art de l’éloquence; ensemble des procédés et des techniques réglant l’art de s’exprimer.
- scélératesse (p. 950): manière d’agir d’un scélérat.
- silène (p. 149): Plante herbacée des prairies et des rocailles, à fleurs blanches ou roses.
- séant (p. 935): (adj) qui convient à telle situation.
- sédition (p. 751): soulèvement concerté et préparé contre l’autorité établie; insurrection.
- sérail (p. 755): harem d’un palais de l’Empire ottoman.
- Thrace (p. 164): extrémité nord-est de la Grèce.
- vaticiner (p. 241): Débiter des prophéties pompeuses et confuses.
- veneur (p. 410): Celui qui, à la chasse, dirige les chiens courants.
- veule (p. 965): (adj) qui manque d’énergie, de volonté et de courage, qui est faible, voire lâche.
- vicissitude (p. 645): Événements heureux ou, souvent, malheureux, qui jalonnent la vie humaine.
- échanson (p. 694): Officier chargé de servir à boire au roi ou à un prince.
- édicter (p. 1098): prescrire par une loi, d’une manière absolue.
- élégiaque (p. 516): qui écrit des élégies (poème lyrique dont le ton est le plus souvent tendre et triste).
- éphore (p. 752): magistrat de Sparte élu annuellement.
- épigrammes (p. xvi): petit poème satirique. Propos d’une raillerie mordante.
- épistémologie (p. 250): Partie de la philosophie qui étudie l’histoire, les méthodes, les principes des sciences.
- éristique (p. 354): dérivé du grec éris, la «querelle», désigne la recherche, par tous les moyens, de la victoire dans l’argumentation contradictoire.
- étai (p. 793): (n.m.) pièce de charpente servant à soutenir ou à épauler provisoirement toute partie d’un ouvrage qui se déforme, se déverse, ou qu’on reprend en sous-œuvre.
⭐ Citations étoiles
Alcibiade
- (p. 1) Pour devenir meilleur, il faut prendre soin de soi-même, ce qui exige de se connaître soi-même.
- (p. 20) Les erreurs dans l’action sont causées par cette ignorance qui est de croire savoir ce que l’on ne sait pas. […] C’est cette ignorance qui est la cause de ce qui est mal, c’est elle qui est répréhensible.
- (p. 21) Une bonne preuve […] pour ceux qui ont un savoir quelconque de ce qu’ils savent, c’est qu’ils soient capables de transmettre ce savoir à un autre.
- (p. 37) ⭐ Celui qui aime ton corps s’éloigne et te quitte lorsque se perd l’éclat de la jeunesse. […] Mais celui qui aime ton âme ne s’éloignera pas tant qu’elle ira vers le meilleur. [Ainsi, celui qui t’aime est celui qui aime ton âme.]
- (p. 40) Ce n’est […] pas en devenant riche qu’on se délivre du malheur, mais en devenant tempérant.
Second Alcibiade
- (p. 45) La pire des choses est de croire que l’on sait, alors que l’on ne sait pas.
Apologie de Socrate
- (p. 79) ⭐ «Qu’est-ce, en effet, que craindre la mort, citoyens, sinon se prétendre en possession d’un savoir que l’on n’a point?»
- (p. 80) ⭐ Ce n’est pas de richesses que vient la vertu, mais c’est de la vertu que viennent les richesses et tous les autres biens, pour les particuliers comme pour l’État.
Le Banquet
- (p. 107) Lorsque l’on chemine à deux, on va plus loin sur la route.
- (p. 116) Se conduire de façon honteuse, c’est céder sans gloire à quelqu’un qui n’en vaut pas la peine, alors que se bien conduire, c’est céder de belle façon à quelqu’un qui le mérite.
- (p. 116) L’amant «vulgaire» […] aime le corps plutôt que l’âme. Cet amant-là n’a pas de constance, puisque l’objet même de son amour n’a pas de constance.
- (p. 135) ⭐ Entre science et ignorance, il y a un intermédiaire: […] avoir une opinion droite, sans être à même d’en entendre raison.
- (p. 138) Ce qu’il y a de fâcheux dans l’ignorance, [c’est] qu’alors que l’on est ni beau ni bon ni savant, on croit l’être suffisamment.
- (p. 138) Celui qui ne s’imagine pas [être dépourvu de savoir] ne désire pas ce dont il ne croit pas devoir être pourvu.
- (p. 141) ⭐ ⭐ ⭐ Chez l’être vivant mortel, [l’immortalité réside] dans la grossesse et dans la procréation, [un accouchement à terme que ce soit selon le corps (enfant) ou selon l’âme (art)].
Charmide
- (p. 171) La fabrication est autre chose que l’action et le travail […]. Un objet fabriqué mérite parfois le blâme, lorsqu’il ne s’accompagne pas de beauté, tandis que le travail ne mérite jamais le blâme.
Critias
- (p. 270) Le zèle et l’estime qu’on porte [à nos biens] font perdre ces biens en même temps que la vertu.
Criton
- (p. 279) L’injustice est, en toutes circonstances, chose mauvaise et blâmable pour celui qui commet l’injustice. Par conséquent, il ne faut jamais commettre l’injustice. Il s’ensuit que même à l’injustice, il ne faut en aucune façon répondre par l’injustice.
Définitions
- (p. 294) Sophiste: Chasseur salarié de jeunes gens riches et distingués
Démodocos
- (p. 301) ⭐ Ne juge aucune cause avant d’avoir écouté les deux parties.
- (p. 301) [Ne décerne pas] aux gens le blâme ou l’éloge avec précipitation.
- (p. 303) [Si l’on s’attend à recevoir une faveur de la part de ceux qui ne sont pas capables d’en faire, c’est nous qui sommes en faute.]
- (p. 304) Il est raisonnable […] de se fier aux propos de ses concitoyens et de ses amis, mais se fier à des gens que l’on n’a jamais vus ni entendus auparavant, et cela en n’ignorant pas que, pour la plupart, les hommes sont vantards et malveillants, ce n’est pas un mince indice de stupidité.
Éryxias
- (p. 333) Sont riches ceux qui possèdent des objets de valeur. Mais rien n’a plus de valeur que le bonheur. Or le bonheur est indissociable de la sagesse. La conclusion s’impose donc: la sagesse qui assure à l’homme le bonheur est le plus précieux des biens.
- (p. 334) Les richesses ne sont utiles qu’à ceux qui savent s’en servir, c’est-à-dire aux sages; de là suit que seuls les sages sont riches.
- (p. 343) Toutes les choses qui nous sont utiles, c’est cela qui constitue la richesse, tandis que ce qui n’est pas utile, cela ne représente pas une richesse.
Euthydème
- (p. 352) Tout homme aspire au bonheur et doit, pour y parvenir, posséder de nombreux biens. Pourtant, le bonheur ne dépend pas seulement de la possession de biens, mais aussi de leur usage. Or, pour être bon, l’usage doit être guidé par le savoir. Dès lors, le savoir devient le facteur essentiel du bonheur, l’ignorance apparaissant comme le mal.
- (p. 352) L’amour du savoir consiste en l’acquisition d’une connaissance dont l’objet reste à déterminer.
- (p. 394) ⭐ Il faut chérir l’homme, quel qu’il soit, quoi qu’il dise, qui fait de la pensée son domaine de recherche et qui s’applique, courageusement, par ses efforts, à exprimer jusqu’au bout ce qu’il pense.
Euthyphron
- (p. 409) Là où il y a respect, il y a aussi crainte; toutefois, ce n’est pas partout où il y a crainte qu’il y a aussi respect. […] La crainte est plus étendue que le respect.
Gorgias
- (p. 415) Nul ne commet le mal de son plein gré.
- (p. 428) ⭐ Socrate: «Veux-tu savoir quel type d’homme je suis? Eh bien, je suis quelqu’un qui est content d’être réfuté, quand ce que je dis est faux, quelqu’un qui a aussi plaisir à réfuter quand ce qu’on me dit n’est pas vrai, mais auquel il ne plaît pas moins d’être réfuté que de réfuter. En fait, j’estime qu’il y a plus grand avantage à être réfuté, dans la mesure où se débarrasser du pire des maux fait plus de bien qu’en délivrer autrui. Parce qu’à mon sens, aucun mal n’est plus grave pour l’homme que se faire une fausse idée des questions dont nous parlons en ce moment. Donc, si toi tu m’assures que tu es comme moi, discutons ensemble; sinon, laissons tomber cette discussion, et brisons-la.»
- (p. 441) Le plus grand mal, c’est l’injustice.
- (p. 457) Socrate: «Je considère qu’il vaut mieux jouer faux sur une lyre mal accordée, mal diriger le choeur que je pourrais diriger, ne pas être d’accord avec la plupart des gens et dire le contraire de ce qu’ils disent—oui, tout cela, plutôt que d’être, moi tout seul, mal accordé avec moi-même et de contredire mes propres principes.»
- (p. 489) Personne ne veut être injuste […]. Toutes les injustices qu’on commet, on les commet toujours malgré soi.
- (p. 495) Comme dit le proverbe, apprendre la poterie sur une grosse jarre, […] ne faut-il pas être fou pour agir ainsi?
- (p. 498) L’amélioration de sa cité est […] le seul résultat qu’on attend d’un bon citoyen.
- (p. 501) On n’a pas le droit de reprocher à l’homme qu’on a éduqué de ne pas connaître ce qu’on lui a soi-même enseigné, à moins qu’avec ce reproche on ne s’accuse soi-même, en prouvant qu’on ne lui a pas rendu le service qu’on prétendait lui rendre.
- (p. 508) Tout homme doit s’appliquer, non pas à avoir l’air d’être bon, mais plutôt à l’être vraiment, en privé comme en public
- (p. 508) Si un homme s’est rendu coupable en quelque chose, il faut le punir.
Hippias mineur
- (p. 564) Socrate: «Tu me procureras un bien beaucoup plus grand en libérant mon âme de l’ignorance que mon corps d’une maladie.»
Lachès
- (p. 615) ⭐ Socrate: «Ne perdons pas de vue que [la personne avec qui l’on parle] a la conviction de dire quelque chose d’important, et [ne prenons pas] la parole pour le simple plaisir de parler.
- (p. 617) «Je crois que la témérité et le courage ne sont pas la même chose. Je crois que le courage et la prévoyance sont le lot de personnes très peu nombreuses, tandis que l’audace, la hardiesse et la témérité associées à l’imprévoyance sont le fait de très nombreux hommes, femmes, enfants et bêtes.»
Lettres
Fait intéressant, dans les lettres, c’est vraiment Platon qui parle et s’adresse à ses destinataires.
- (p. 626) La plupart des auteurs tragiques, quand ils représentent un tyran en train de succomber sous les coups, le font aussi s’écrier: «privé d’amis, malheureux que je suis, me voici perdu»; mais aucun poète tragique n’a fait du manque d’or la cause de la perte d’un tyran.
- (p. 639) ⭐ Ce qui est humain n’est pas totalement à l’abri du changement.
- (p. 668) Dieu, pour les hommes sages, c’est la loi, tandis que pour les insensés, c’est le plaisir.
- (p. 671) Platon: «La fermeté, la loyauté et l’intégrité, voilà ce que moi je déclare être la vraie philosophie.»
Lois
- (p. 691)
- (p. Le courage est une lutte contre la peur et la douleur et également contre les désirs, les plaisirs et les redoutables et flatteuses caresses qui amollissent comme de la cire le cœur de ceux qui se croient austères.
- (p. 693) ⭐ Il n’y a aucun déshonneur à reconnaître un défaut, et il arrive même que la guérison survienne chez celui qui accueille ces observations sans éprouver de jalousie, mais avec bienveillance.
- (p. 702) La bonne façon d’élever des enfants […] est celle qui amène le mieux possible l’âme de l’enfant qui s’amuse à aimer ce en quoi, une fois devenu un homme, il devra être passé maître, à savoir l’excellence dans l’occupation qui sera la sienne.
- (p. 748) ⭐ Il est risqué d’avoir recours à la prière, quand on manque d’intelligence, et c’est le contraire de ce que l’on souhaite que l’on obtient.
- (p. 772) L’homme, par nature, n’est aucunement en mesure, lorsqu’il dispose d’un pouvoir absolu, d’administrer toutes les affaires humaines sans se gonfler de démesure et d’injustice.
- (p. 786) Aux enfants, c’est une grande modération qu’il faut léguer, pas de l’or.
- (p. 786) ⭐ Ce en quoi consiste l’éducation la meilleure des jeunes gens aussi bien que la nôtre, ce n’est pas de faire des remontrances, mais de donner l’exemple dans sa vie de ce qui fait l’objet de remontrances.
- (p. 793) ⭐ L’appauvrissement réside moins dans une diminution de […] richesse que dans un accroissement de convoitises.
- (p. 798) Le dessein du politique qui a du bon sens n’est pas […] de rendre la cité qu’il prétend servir pas ses lois la plus puissante, la plus riche possible, parce qu’elle possède de l’or et de l’argent et parce qu’elle contrôle les plus grands territoires possibles sur terre et sur mer. […] Son dessein doit être de faire que la cité soit la meilleure et la plus heureuse possible.
- (p. 806) ⭐ ⭐ ⭐ Le commencement est la moitié de toute action.
- (p. 842) ⭐ ⭐ Il faut supprimer en [l’enfant] le laisser-aller, en le corrigeant sans l’humilier.
- (p. 842) [Il faut] éviter aussi bien la correction qui passe la mesure et qui exciterait la colère chez ceux qu’on souhaite corriger que l’impunité qui encourageait le laisser-aller.
- (p. 956) La plus belle des lois, celle qui comporte le moins d’exceptions: «Ce que tu n’as pas déposé, ne l’enlève pas.»
Lysis
- (p. 1023) Celui qui ne manque de rien ne peut pas non plus apprécier quelque chose.
Ménon
- (p. 1051) Paradoxe: Il est impossible de chercher ce que l’on connaît, car on sait déjà à quoi s’en tenir, et de chercher ce que l’on ne connaît pas, car même si on trouvait on ne saurait pas que c’est cela que l’on cherchait.
- (p. 1061) ⭐ Être misérable, qu’est-ce que c’est, sinon désirer le mal et l’obtenir?
- (p. 1085) L’homme qui possède la connaissance réussira toujours, tandis que celui qui a une opinion correcte, tantôt réussira, tantôt non.
Phédon
- (p. 1211) Socrate: «Ce à quoi je vais, moi, employer mon énergie, ce ne sera pas à faire que mes paroles paraissent vraies à ceux qui m’écoutent (si un tel effet se produit, ce sera par surcroît), mais à faire qu’elles me paraissent le plus possible, à moi-même, être telles.