Auteur: Lee Gutkind

Année de parution: 2012

Éditeur: Da Capo Press

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Une introduction inutilement complexe

L’histoire commence le vendredi 7 août 2026 aux environs de 12 h 40. Pas un nuage en vue dans le ciel, mais je pourrais me tromper à ce sujet, car d’où je me situe je ne peux voir qu’un plafond gris foncé lorsque je lève les yeux. Autour de moi, des employés empressés bourdonnent, certains en complet chic-décontracté, et font affaire avec des clients souvent habillés simplement pour profiter de l’été. Les contraires s’attirent ici, au concessionnaire automobile Subaru Brossard. On peut parfois apercevoir un mécanicien ouvrir une porte pour prononcer quelques mots à quelqu’un avant de s’éclipser à la hâte. Il règne une ambiance de calme pressé, ou de hâte tranquille, qui me plait bien.

Je suis assis dans une petite chaise du bureau avec, en face de moi, un employé affairé à trouver mon rendez-vous dans le système informatique. Dans la mi-cinquantaine, il porte une grosse bague sur sa main droite. On connait nos rôles. Pendant que je l’observe, l’homme cherche dans le système en naviguant à l’aide d’une souris en forme de voiture. J’apprécie cette attention au détail. C’est sa première semaine au comptoir, et ça paraît, mais je ne m’en inquiète pas. Je le trouve sympathique. Qui plus est, j’ai tout mon temps. Ma semaine de travail est déjà terminée. J’apprécie l’odeur de véhicules neufs qui règne de façon omniprésente dans la grande salle de montre. Ma seule priorité est de m’assurer de bien communiquer les précieux détails que m’a transmis Gabrielle, la propriétaire du véhicule. Une des roues a commencé à faire un bruit de frottement suspect et on souhaite profiter de cette visite pour le régler. C’est important!

Il s’agit d’une scène parfaitement routinière. En effet, ceci s’annonçait être une journée comme les autres. Or, au moment où je m’apprête à envoyer un message à Gabrielle pour répondre à ses questions, j’aperçois un nouveau courriel dans mes notifications:

Objet: Invitation à une rencontre Zoom

Bonjour Félix,

Nous avons terminé la lecture de ton manuscrit, et nous souhaitons d’abord te remercier : ta plume, ton message et ta sensibilité nous ont touchées. Ton manuscrit a été sélectionné par Performance, pour une sortie en 2027 en librairie!

[…]

Sur le coup, je ne réagis pas. Mon pouls s’accélère, sûrement, mais c’est imperceptible. Je reste très calme. C’est parce que je n’en crois pas mes yeux. Voilà le courriel que j’attendais depuis plusieurs mois, plusieurs années, même. J’avais commencé à perdre espoir. Quatre ans après avoir débuté l’écriture de mon manuscrit, voilà qu’un éditeur s’y intéressait enfin pour vrai. La semaine même où je considérais tabletter mon projet, voilà qu’on m’invitait à lui redonner vie. C’est fou comme la réalité peut avoir le sens du timing…

« Alors, on procède avec l’entretien A et un test routier pour faire la vérification du bruit suspect qui provient de la roue arrière droite, M. Léger? »

Le représentant me ramène sur Terre.

« Oui, oui, c’est cela », dis-je distraitement en signant le billet de travail.

Plus loin, dans un petit fauteuil en cuir d’une salle d’attente, je transfère la nouvelle à Gabrielle avec la seule réponse qui me vient en tête:

OH MY GODDD 😱😭🥳🤩

Vingt-six jours passent.

Je signe enfin un contrat électronique avec mon éditeur, après maints échanges et négociations. Je le fais dans un Jean Coutu entre deux commissions. Je me sens comme un jeune amant fou qui accepte son premier rendez-vous espéré. Je n’en pouvais plus d’attendre. Le décor absurde de la pharmacie ne fait qu’amplifier l’excitation qui bouillonne en moi tant il semble décalé de l’étape importante que je suis en train de franchir. Après avoir remis mon téléphone dans la poche de mon pantalon, j’accepte les conseils du pharmacien à propos de l’utilisation du minoxidil pour ralentir ma perte de cheveux, et je rentre à la maison, doublement rempli d’espoir.

Enfin, je connais désormais la réponse. Oui, le livre sera publié, mais je vais devoir l’allonger. On me demande plus de chair autour de l’os. C’est un coup dur: je croyais avoir terminé le travail après avoir écrit, réécrit, et ré-réécrit mon histoire au fil des années passées. Mais je suis si près de la ligne d’arrivée qu’il n’est pas question que j’abandonne maintenant.

Je réalise alors que je n’avais jamais pris le temps de lire un livre sur comment bien écrire. Or, armé de mon système d’apprentissage, je me suis dit que c’était maintenant le meilleur moment de le mettre à l’épreuve. J’avais besoin de bien écrire, et vite. J’avais besoin de me sentir en confiance, et vite!

J’ai donc choisi quatre livres pour m’aider:

  • You Can’t Make This Stuff Up, par Lee Gutkind
  • On Writing Well, par William Zinsser
  • On Writing, par Stephen King
  • The Sense of Style, par Steven Pinker

Voici donc ma critique du premier livre de cette série qui vise à m’apprendre à raffiner mon écriture.

Pourquoi ce livre en particulier?

Lee Gutkind, l’auteur du livre dont il est question aujourd’hui, est reconnu comme le pionnier d’un genre que j’ai apprécié sans jamais le nommer auparavant: la non-fiction créative. Il a entre autres fondé le magazine Creative Nonfiction en 1993. Ce magazine est resté actif pendant une trentaine d’années.

Gutkind définit la non-fiction créative simplement: «Creative nonfiction means true stories, well told». En français, la non-fiction créative n’est rien d’autre que des histoires vraies, bien racontées.

Aujourd’hui, bien qu’elle soit peut-être méconnue par son nom officiel, la non-fiction créative semble avoir explosé en popularité. Je voulais explorer comment mon livre pouvait s’approcher de ce genre et peut-être tirer avantage de bonnes idées qui ont fait leurs preuves.

Mes attentes en commençant la lecture de You Can’t Make This Stuff Up étaient bien basses. Ne sachant pas par où commencer pour étoffer mon manuscrit, j’étais prêt à écouter les conseils de n’importe quel expert. J’étais tout de même interpelé par le titre, qui martèle l’importance de raconter des histoires vraies, jusque dans les détails. Le titre est à double sens, ce qui indiquait pour moi une certaine promesse: si tu racontes l’histoire comme elle est vraiment arrivée (“You can’t make this stuff up.”), tu réaliseras que la réalité est bien plus intéressante que la fiction (“You can’t make this stuff up!”).

Serais-je capable de rendre mes histoires fascinantes? Qu’est-ce que ça prend pour le faire?

La réponse: beaucoup, beaucoup de travail. Du travail de réécriture, d’archivage, de présence d’esprit pour voir le monde autrement. Après avoir lu le livre, j’étais surpris de réaliser que mon regard sur le monde extérieur était en train de changer. Je me demandais: «Comment décrirais-je cet arbre? Cette maison? Cette personne? Cette scène parfaitement ordinaire où les gens marchent dans la rue?» Le quotidien devenait à la fois plus fascinant et insaisissable.

Les mots de Platon me reviennent à l’esprit,

« Même l’homme sensé, lorsqu’il écrit, paralyse et rend infirmes les choses qu’a contemplées son intellect et les afflige des déficiences du langage qu’il a choisi. »

Je me pratique donc à mieux raconter des scènes, ces blocs de construction qui donnent au texte sa forme. Se pratiquer, c’est la seule façon de devenir bon. La première fois qu’on fait quelque chose, c’est toujours la plus mémorable, peut-être parce que c’est aussi la pire. (Et ça, ce n’est pas la première fois que je le dis!)

J’ai l’impression de faire n’importe quoi en essayant ces nouvelles techniques d’écriture. Et pourtant, j’ai l’impression de me rendre quelque part. La fin de semaine dernière, j’ai écrit au moins quatre nouvelles scènes pour mon manuscrit provenant de mon enfance. Je n’ai aucune idée si elles vont se retrouver dans le texte final, mais c’est un bon exercice, premièrement pour purger mon âme de ses souvenirs qui prennent de la place, mais aussi deuxièmement pour me faire la main à raconter des histoires. Tant qu’on y est, qu’avez-vous pensé de l’introduction de ce texte? C’est une scène où j’ai tenté d’utiliser les principes du livre.

En tout cas, je ne suis pas au bout de mes peines pour rédiger mon manuscrit. J’essaie très fort de ne pas créer une prophétie autoréalisatrice (self-fulfilling prophecy) en proclamant que compléter mon manuscrit d’Apprendre sans anxiété sera un travail de tous les instants qui me laissera complètement vidé à son aboutissement. Détail intéressant, sur son blog, Gutkind raconte sa relation avec ses livres comme une bataille où ils s’apparentent plus à des casse-tête qu’à des écrits. Il a bien su capturer la phase dans laquelle je me retrouve présentement.

J’espère que l’effort en vaudra la chandelle. En tout cas, j’ai bien apprécié la lecture de ce livre qui m’a permis de voir mon écriture autrement. Les quelques exercices suggérés étaient intéressants, d’ailleurs. Par exemple, l’auteur recommande de garder un “futures book” où toutes les choses qu’on croise au quotidien et qui attirent notre attention peuvent y être inscrites (un article de journal, un incident quelque part, etc.). Il recommande aussi de lire les journaux locaux à chaque matin à la recherche d’histoires intrigantes et parfois facilement oubliées de la population générale. De petites tranches de vie, quoi. Des scènes qui demandent d’êtres écrites avec l’œil d’un artiste. Enfin, un des tests qu’il recommande est le «highlighter test» où l’on surligne en jaune toutes les scènes d’un texte. Selon ses dires, si la moitié du texte n’est pas en jaune, il faut réfléchir sérieusement à la qualité de notre texte, car c’est avec les scènes qu’on captive l’attention d’un lecteur et c’est cela qui le rendra attentif à notre interprétation de ces scènes.

Si vous souhaitez vous lancer dans un projet d’écriture basé sur la réalité, je vous recommande ce livre. C’est un bon point de départ pour comprendre et saisir la structure d’un texte qui se veut à la fois narratif et instructif, rédigé par un des maîtres du genre. Vous ne pouvez pas vraiment vous tromper ici.

Seule critique: à la fin du livre, Gutkind demande au lecteur de relire le livre une deuxième fois. Ma réaction: si le lecteur avait un système de lecture approprié, cette «perte de temps» ne serait pas nécessaire. Je trouve ça audacieux de la part de l’auteur, surtout qu’il ne donne pas d’instruction ou d’explication pour cette exhortation. Mais, bon, je ne peux pas le blâmer, sachant que la majorité des lecteurs lisent sans prendre de notes. (Il faut quand même que je me permette de vendre ma salade aussi, n’est-ce pas?)

Le verdict de Félix:
👍


📚 Vocabulaire

  • anathema: An imprecation; a curse; a malediction
  • ancillary: Of secondary importance; subordinate.
  • citified: Typical or having become typical of large cities and the people who live in them.
  • diatribe: A bitter, abusive denunciation
  • dissemination: 1. The property of being diffused or dispersed. 2. The opening of a subject to widespread discussion and debate.
  • lithe: Readily bent, supple. Marked by effortless grace. Mild; calm.
  • navel gazer: Someone who spends too much time considering their own thoughts, feelings, or problems. (navel = nombril)
  • sacrosanct: Regarded as sacred and inviolable
  • tryst: An agreement between lovers to meet at a certain time and place.
  • umpire: A person appointed to rule on plays, especially in baseball.

⭐ Citations étoiles

Introdution — How to Read This Book

  • (p. xviii) Scene writing is true storytelling. A scene is an incident, an experience, a happening that the writer captures as cinematically as possible.

Part I: What Is Creative Nonfiction?

Truth Or…

  • (p. 14) If you make stuff up, you very likely will get caught and there will be consequences.

Truth and Fact

  • (p. 29) ⭐ Being opinionated can alienate readers. Sometimes, to make a point, a lighter touch can be effective. People who are free to make up their own minds often believe with more fervor and conviction.

The Creative Nonfiction Police

  • (p. 41) “I make it a point not to allow my subjects to share what I’ve written about them with others. Attorneys, spouses, friends, even neighbors, then become part of the dialogue. You lose control. So instead of asking them to read and review, I read what I’ve written to my subjects and tape-record their remarks.”
  • (p. 42) As writers we intend to make a difference, to alter people’s lives for the greater good. To say something that matters—this is why we write, to have an impact on society, to put a personal stamp on history.
  • (p. 42) Art and literature are the legacies we leave to succeeding generations. We’ll be forgotten, but our books and essays, our stories and poems can survive us, whether on the shelves of libraries or in the ether of the internet age.

Schedules

  • (p. 47) It doesn’t matter how much raw talent we have if we don’t exercise our muscles and our brains in a sustained and uninterrupted effort to hone our skills.
  • (p. 51) ⭐ Not trying means capitulation.

The Creative Nonfiction Way of Life

  • (p. 77) Good ideas are rare—and even though you may be occupied by a different project at the moment the lightbulb goes on, you can keep a “futures book.” Make a note, write a paragraph, save the newspaper article. This is source material for future projects.
  • (p. 77) Even as you’re working on one project, go ahead and jot down incidents and ideas for the future so that you’ll always have another story to tell.

And Finally, a Gentle Reminder

  • (p. 96) “Every morning between 9:00 am and 12:00 pm I go to my room for a piece of paper. Many times I just sit there with no ideas coming to me. But I know one thing. If an idea comes between 9:00 and 12:00, I am ready for it.” —Flannery O’Connor

Part II: The Writing and Revising and Writing and Revising Part: How to Do It

The Building Blocks

  • (p. 105) Scenes are the building blocks of creative nonfiction, the foundation and anchoring elements of what we do.
  • (p. 108) After you finish writing a draft of your essay, chapter, or book, [highlight the scenes in yellow.] If you don’t see a lot of highlighted color in the pages of your own prose, meaning not a lot of scenes, it’s not wrong or right—but a warning that you need to look more carefully at your work and determine why it failed the test. […] Where are the building blocks?

Intimate Details

  • (p. 127) Writers who want their words to be remembered will try to capture the detailed observations that symbolize the heart of the story.
  • (p. 130) You can ask these key questions [to recreate a scene vividly]:
    • What happened? What happened next? What happened after that? (That’s the plot.)
    • What did he/she/they say to one another? Can you recall the conversation? (Dialogue.)
    • What were you thinking? (Inner point of view.)
    • What were people wearing? What did the room or the house or the neighborhood look like? What was the weather that day? (Specificity and intimacy of detail.)

Inner Point of View

  • (p. 152) “Mental health doesn’t mean making the pains go away. I don’t believe they ever go away. […] I have not healed so much as learned to sit still and wait while pain does its dancing work, trying not to panic or twist in ways that make the blades tear deeper, finally infecting the wound.” —Lauren Slater, Three Spheres

The Narrative Line and the Hook

  • (p. 215) The faster you get readers involved in the story of your essay, the longer they’ll stay with you.